Chère L,
Grandir, c'est de faire face aux diables de la vie adulte.
Les choses se passent tous les jours, pas vrai ? Parfois j'essaie de me convaincre de ne pas en penser. Mais ça marche pas. Ça marche jamais, pas vrai ? De temps en temps, je me trompe. On se trompe de temps en temps, c'est inévitable.
****************************************************************
Quelque chose m'est arrivé hier ; en fait, par ironie, ce problème s'est produit car quelque chose ne s'est pas produit. Une erreur sur un formulaire important, un formulaire qui enregistre le déplacement des étrangers en entrant ou sortant les EU : la date d'entrée la plus récente manquante. D'après le document, je suis sorti des EU en décembre 2016 et je suis jamais revenu ici.
Mais me voilà, infailliblement et immanquablement. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ?
Je me suis ressenti un frisson dans le dos. Il s'agit de la légalité de mon statut en tant qu'étranger : il et donc très difficile de le prend à la légère. C'est à ce moment là où les diable venaient me hanter. Ils se présentent jamais aux yeux, mais on pourrait être certain quand ils sont arrivés : le frisson à la fois dans le dos et dans la tête, un serrement dans la poitrine, les palpitations violentes, le vertige ... et puis un sentiment de resserrement, comme si je me suis enfermé dans rien d'autre que le problème.
J'étais ainsi piégé dans ce tourbillon de l'esprit dans les heures suivantes. Un « Googling » frénétique me donnait rien de définitive, pire, il m'a rendu plus confondu, plus perdu, plus stressé, car le google n'est pas humain, il ne peut pas donner les solutions personnalisées selon les individus. Hélas, fais pas trop de confiance à google ... sa « sagesse » dépend après tout aux gens qui ont écrit l'algorithme. On est seulement au XXIème siècle, l'Internet ne sait pas encore tout.
J'ai déjà su que ce tourbillon qui m'a emprisonné, c'est l'inconnu, c'est être incapable de savoir les conséquences possibles, c'est être incapable de trouver un bon chemin qui peut m'emmener du brouillard. Quand même c'était toujours très difficile d'en sortir. La paranoïa - si grosse et si lourde - qui pesait sur l'épaules m'a rendu incapable de me déplacer nulle part.
****************************************************************
Je devais parler à maman, ou bien papa. Cette fois-ci c'était maman que j'ai téléphonée. C'est ce que je fais, quand je suis confronté à de grands problèmes. Maman et papa sont des adultes, ils ont déjà connu beaucoup de problèmes, je veux dire les problèmes dans le monde réel. Ils ont des expériences et, évidemment, qui mieux qu'eux peuvent donner un peu de logique, de raison pour me servir de guide à travers le problème ?
Qui mieux qu'eux peuvent donner des mots d'encouragement, de tonus ? Ils sont ceux qui m'aiment le plus après tout.
Il me fallait trois appels à maman en l'espace d'à peine quelques heures. En fait il m'a fallait deux appels pour enfin me calmer un peu. Mais je devais faire le troisième pour dire à elle que je me suis vraiment calmé, pour ne pas la laisser en inquiétude.
Elle m'a dit : « C'est la vie. » Les problèmes, le chagrin, le stress, ils existent toujours, dans le monde réel. On s'en sort jamais.
****************************************************************
Les conseillères au BIO me suggéraient ce matin de visiter le bureau du DHS à SF. C'est pas un problème sérieux, elles m'ont dit, mais il vaut mieux de le résoudre dès que possible. Elles me disaient plusieurs fois « désolée », ça sera un tracas de passer qui sait combien de temps pour résoudre. Ben, d'accord, alors vous savez pourquoi ce problème s'est produit ? Malheuresement non. Ben, d'accord.
C'est ennuyant, bien sûr ; mais, enfin, une solution, un chemin. La marche à suivre est devenue claire. Je vais pas me plaindre.
On est déjà vendredi, il était 11 h 30, le bureau allait fermer à 14 h. Mais par pur caprice, je me suis dit, pourquoi pas ? Ça prendra à peu près 40 minutes pour y parvenir, si je pars maintenant, je me suis dit, et si j'ai de la chance, je dois pas attendre jusqu'à lundi. Ça vaut tout à fait la peine de l'essayer.
Les conseillères m'ont prévenu qu'il est tout à fait possible que la visite pourrait dévorer beaucoup de temps, d'autant plus qu'il était impossible de prendre un rendez-vous avec le bureau. Mais, heureusement, elles avaient tort.
La gare, les rues de SF, le bâtiment où le bureau se trouve, le contrôle de securité, l'ascenceur, et finalement, le couloir qui mène au bureau. C'était une marche bien déterminée, une marche que j'ai faite plusieurs fois auparavant. La détermination, guidée par la capacité de pouvoir enfin agir, de suivre un véritable « SOP » mental, de résoudre le problème, a fourni l'énergie furieuse pour que je fasse et complète cette longue marche.
****************************************************************
Parfois, il me faut des semaines (des semaines où le niveau minimum de stress est bien élevé qu'à l'habitude) pour résoudre un problème. Parfois, si j'ai de la chance, ça prend quelques jours. Si j'ai vraiment de la chance, ça pourrait prendre moins de 24 heures. Aujourd'hui, j'ai vraiment eu de la chance.
****************************************************************
Le cœur considérablement allégé, je suis resté à SF un moment, en faisant une petite promenade le long de l'Embarcadero. Une promenade sans but, qui s'est fait pour rien d'autre raison que savourer la ville de San Francisco sans inquiétude, sans stress, sans rien du tout. Ça m'avait l'air très très agréable. C'est ce que j'ai mérité. L'été, le ciel bleu et clair, le soleil magnifique, les gens, résidents ou visiteurs : tout simplement le charme de la ville. Moi, j'aime bien SF, c'est une ville tout à fait jolie, une ville qui a une atmosphère très différente que celle des autres grandes villes.
J'imaginais qu'il y a sans doute ceux qui étaient mécontents, malgré qu'ils soient en vacances, malgré qu'il fasse beau. Ben, je sais pas ... les longues queues devant les restaurants où ils avaient vraiment envie de déjeuner, la fatigue après une très longue promenade, les petits qui commençaient à s'ennuyer ...
Mais, pour moi, aucun de ceux-ci me troublait aujourd'hui. J'étais seulement un autre inconnu de plus dans une mer de gens, qui ne troublait personne, qui ne voulait que se promener lentement, qui ne voulait que goûter le charme de cette ville en été, qui pouvait enfin, apès une période brève mais néanmoins troublante, être calme, soulagé, en paix avec soi-même et tout autour de lui.
****************************************************************
Papa et maman avaient raison : il faut pas s'inquiéter trop, il faut pas en penser trop. Il y a toujours une solution. L'important c'est d'avoir la patience de la trouver.
L, je suis fatigué. Après un tel de tourbillon, même si ça a été bref, je suis très fatigué. C'est les diables de la vie adulte, ils sont comme ça ; ils aiment saper le corps de son énergie.
Pourtant, je m'estime très chanceux d'avoir être simplement fatigué, et rien de plus.
Copyright©zheng-dixseptmai.blogspot.com 2017




No comments:
Post a Comment