Tuesday, August 22, 2017

N°36 : Disons « au revoir » aux vacances

Chère L,

Les vacances vont bientôt prendre fin. Le temps passe vite, c'est un fait, un fait qu'on a déjà établi plusieurs fois. Le début des vacances me semble avoir commencé récemment. C'est trois mois, alors bon, certes, c'est pas exactement récent, beaucoup de choses se sont produites pendant cette période. Pourtant, dans le grand ordre des choses, une période de trois mois n'est qu'un petit instant - bref, éphémère, facile à oublier.

C'est pas tant la vitesse à laquelle le temps passe qui me fait une peu mélancholique que la nature inéluctable de tout ça. Une séquence, c'est la nature de la vie, une chaîne sans fin, les choses se produisent, l'un après l'autre, les secondes s'égrènent, la réalité continue, car il faut qu'elle continue et il y a pas de raison pour qu'elle s'arrête, les évènements qui doivent se dérouler se déroulent, l'un après l'autre, voilà comment fonctionne le monde. On est là pour juste un court instant, puis on disparaît, inévitablement.

Il me semble qu'il faut dire quelque chose de sentimental pour accueillir la fin des vacances, mais en même temps il me semble superflu de devoir accueillir chaque fin que je rencontre. La répétition va diluer l'intensité. Donc c'est pas nécessaire. Pas du tout. Les vacances vont prendre fin, mais la vie continue, le travail au labo continue, la vie d'étudiant continue. Les nouveaux défis vont continuer à apparaître, je sais pas quand mais ils arrivent toujours, qui sait comment, mais c'est la vérité. Le cercle de la vie n'attend personne, il s'en fiche de personne, les choses se produisent, puis elles passent, encore et encore, au fond il signifie vraiment rien.

Forme est vacuité, vacuité est forme. Une série de changements m'attend, il faut tout simplement de les traverser. Au fond c'est tout simplement ce qu'on doit faire.

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Mais, L, j'aime bien parfois les changements. Un changement pourrait être agréable, rafraîchissant, revigorant. Mes nouveaux colocataires ont emménagé. C'est bon. C'est agréable. C'est un peu inattendu que je le trouve agréable, mais au fond c'est bon que ça a été agréable ; après tout ce sont de bons amis, des amis que j'aime et respecte, donc naturellement ce changement de cohabitant a été rafraîchissant.

La dernière fois où j'ai emménagé, on manque à mon avis une présence d'une figure maternelle, on manque l'intuition d'une mère, une intuition qui aurait pu nous guider pour s'organiser mieux. Cette fois la présence a été forte. Le ménage a été bien fait. Le nettoyage complet et rigoreux. L'état de notre apartement a été bien amélioré. Plus propre et plus rangé. L'apartment a semblé revivre. J'ai l'impression de respire à nouveau.

Ouais c'est effectivement un changement bienvenu. Tout d'un coup, je me suis débarrassé d'une frustration, apparemment inconnue et inaperçue, réprimée durant une année entière. C'est un changement bienvenu pour accueillir le nouveau semestre, qui commence dans deux jours.

Là, avec le début d'un nouveau semestre, il y a pas en fait beaucoup de changement. Je vais aux cours comme toujours, je vais au labo pour travailler comme toujours, j'étudie, je fais face aux troubles et frustrations, comme ci comme ça, la vie continue, sans attendre personne, moi y compris.

Ouais, c'est un peu dommage que je vais perdre la liberté totale de l'été, mais je crois qu'après quelques semaines, même peut-être quelques jours, je vais m'adapter assez bien à ce nouveau cercle de faire des choses, et je vais me dire que la vie n'est pas si mal après tout.

J'en suis sûr




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Friday, August 11, 2017

N°35 : N°300, comment ça va ?

Chère L,

Comment ça va ? Moi, je vais bien - j'ai l'impression qu'on dit toujours que ça va bien, sinon on doit investir plus d'effort pour expliquer aux gens pourquoi ça va pas et ça pourrait parfois être fatigant ; mais cette fois c'est vrai - mais oui, je vais bien. Ça a été jusqu'ici une bonne semaine. C'est bonne car c'est tranquille, paisable. La tranquillité et la paix, ce sont ce qu'on chérit, en vieillissant, car on commençait à un certain moment à savoir qu'un autre jour, elles pourraient absolument disparaître, tomber dans le néant, juste comme ça, tout simplement.

Le mal du tête a disparu. Donc ça c'est bon. Effectivement c'est une bonne excuse pour commencer à ne pas prendre du café. J'en suis sûr, qu'il s'agit des symptômes de sevrage, à cause de l'arrêt de consommation samedi matin ; autrement dit, il s'agit d'une dépandance au café, L'intensité du mal du tête pouvait être aussi causé par un déséquilibre électrolytique suivant un exercice physique intense, mais, j'en suis pas sûr si c'est le cas - n = 1, ça ne suffit pas, évidemment, taille de l'échantillon trop petite.

Mais bon ... il faut pas imposer un sevrage brutal du café ; trop de douleur et de souffrance ... il faut plutôt avancer pas à pas, peu à peu, petit à petit, avec prudence : au premier, thé noir, et puis, thé vert, et puis, quelque chose de plus faible encore, et au final, je devrais me libérer. On dirait peut-être qu'au fond le décaféiné n'est pas une mauvaise idée.

Alors, L, ça a été jusqu'ici une bonne semaine. Je me suis donné un repos mental, par inadvertance, en passant à un travail complètement différent que celui dans lequel je m'étais plongé profondement. C'est extraordinaire que Sir Arthur Conan Doyle avait effectivement raison dans son roman « The Sign of the Four » - un changement de travail, c'est le meilleur repos. Un changement pour romper la monotonie, pour déplacer l'attention à un autre procédé, une autre méthode, pour qu'on puisse rafraîchir l'esprit et puis se sentir mieux. Je crois c'est ce rafraîchissement qui sous-tend l'utilisation de cette expression.

Franchement, c'est l'une de ces expressions qui pourrait être logique, mais pas toujours vraie. Ouais il est tout possible qu'un changement de travail pour nous permettre de nous reposer, d'une manière, mais c'est pas toujours vrai, non ? Souvent un repos, c'est le meilleur repos. Pourtant, quand il s'avère que l'expression convient en effet à la réalité, comme à cette occasion, c'est assez agréable.

Je me suis échappé des PCRs et maintenant j'extrais l'ADN des geais de steller et aussi des scinques du genre Eutropis. Je m'y suis plongé - c'est mon changement de travail, c'est le rafraîchissement de l'esprit. Je dois dire que l'extraction de l'ADN n'est pas facile à faire, mais il n'est pas quand même difficile. Heureusement jusqu'ici il y a pas d'échecs, du moins il y a pas beaucoup d'échecs qui entraînent d'énormes frustrations. En fait les extractions vont assez bien jusqu'ici - chaque échantillon m'a donné une grande quantité de l'ADN. Et ça me plaît vraiment.

Cela me fait du bien de ne pas avoir pour le moment trop d'échecs et de frustrations - comme ça la vie et la réalité m'indignent moins la prochaine fois que les échecs réapparaîssent.

Ça fait presque deux semaines que je ne fais aucun PCR. À vrai dire, ça m'a plu de ne pas devoir le faire jour après jour. C'est toujours bon d'avoir des autres options, même s'il n'y en a qu'une, sinon, la vie devient machinale, puis elle perd un peu sa sens, c'est apparemment ainsi que va le monde. 

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L, cette entrée sera ma 300e entrée dans ce blog. Il me rend heureux, il me rend reconnaissant, il me fait chaud au cœur, de pouvoir y atteindre si loin.

Il y a eu un temps où l'écriture était difficile. Ouais c'est quand je me suis arrêté d'écrire pendant trois ans et demi. L'écriture de blog, il s'agissait - ben, il s'agit encore - d'écouter mon cœur et mon esprit, puis écrire, construire des phrases et des idées en suivant les voix internales. C'est effectivement un journal personnel. Mais pendant l'adolescence, on se trouvait toujours, souvent, dans des mauvais moments. C'est ces moment-là où les voix déprimantes font le plus de bruit, donc les mots deviennent déprimants aussi. Effectivement, je finissais souvent par gémir trop. Je stagnais, donc je me suis arrêté d'écrire. Quand j'ai enfin redémarré l'écriture il y a quelques mois, j'avais brièvement envisagé d'effacer les mots du passé, d'effacer les mélodrames adolescents, de recommencer à zéro.

Mais non, je l'ai pas fait. D'abord on devient parasseux. Pour moi c'était le cas. J'ai pas envie d'effacer les traces de mon passé sur ce blog, en recommençant un nouveau site web de blog. Ça mérite pas une telle quantité d'efforts. Mais la plus grande raison, c'est que ce sont mon passé, mon propre passé, mon histoire, à moi. C'est un manque de respect pour l'adolescent qui les a écrits, qui était toujours jeune, qui manque toujours de l'expérience de vie, qui ne savais pas encore qu'un jour, il s'avérera que beaucoup de choses auxquelles il s'accrochait trop fortement n'importent pas au fond.

J'aime lire, j'aime apprendre les langues, évidemment j'aime les langues et les mots, pour transmettre des idées par les mots, pour toucher les cœurs par les mots, pour inspirer les réflexions aux gens par les mots. C'est peut-être pourquoi j'écris, sur la vie quotidienne, sur mon état d'esprit, sur les sentiments, sur les bons et les mauvais de tout autour de moi, en tentant d'inspirer les résonances, soit fortes soit faibles, dans quiconque les lit. C'est peut-être un ancien ami, mes parents, un inconnu parfait, ou bien le moi dans le futur ; c'est difficile à dire, puisque j'ai fait aucun effort pour publier mon blog ... mais peu importe, peu importe -

L'important, c'est que je continue à écrire, afin de pouvoir continuer à découvrir moi-même au chemin de vie multicolore et multiforme.



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Sunday, August 6, 2017

N°34 : C'est jusqu'ici un assez bon weekend

Chère L,

Comment ça va ? Moi, je vais bien. Si le mal du tête disparaissait j'irais mieux. Mais pour l'instant, ça va.

C'est le début du mois d'août. Pourquoi on dit ça, au début de chaque mois ? Eh ben, qu'est-ce que ça peut faire ? J'ai l'impresseion qu'on aime se faire des illusions que chaque début du mois signifie quelque chose d'important. Mais non ... au fond, un mois passe, un autre arrive, ça ne devrait pas être quelque chose de spécial ou de spectaculaire. En fait, ça veut dire que l'école va commencer bientôt. Ça me gêne un peu, car ça veut dire que les vacances vont terminer ... c'est toujours un peu dommage. La période de détente complète va prendre fin, je retourne aux devoirs, aux cours ...

Pourtant ça n'a pas été une période de détente complète. Je passe les jours comme si j'étais salarié dans un emploi de 9 à 5. Ouais je me détende le soir et le weekend, mais je travail tout de même. C'était en quelque sorte un plan, un plan subtil, pour que je ne ressente moins de regret une fois que les vacances prennent fin.

Mais malgré tout ça, c'est encore un peu triste. Je me suis habitué à la stabilité relative de cette période de vacances. C'est pas exactement dur pour s'adapter à une nouvelle routine, mais ça exige toujours un peu d'effort. Je dois quand même le faire, je peux bien sûr le faire, mais ça veut pas dire que ça sera pas irritant.

De plus, maintenant que j'ai commencé à faire de la vraie science, je préférais qu'elle ne soit pas interroppue par les devoirs et les cours et les trucs nuls comme ça. La phylogéographie des geais et une nouvelle technique, le séquençage de ddRAD, aussi la phylogéographie des scinques, avec a technique de séquençage plus régulière mais ce sont des scinques de l'Asie de sud-est. La phylogéographie, L, c'est de la science excitante. L'histoire, ou les histoires, des populations, des espèces, les interactions influencées par une myriade de facteurs : changement climatique, glaciation, expansion et contraction de l'habitat forestier ... bref, il y a encore tant de découvertes à faire.

Je préférais pouvoir se concentrer plus sur ça, je préférais pouvoir en lire plus au sujet de ce domaine de la biologie évolutive, je préférais pouvoir commencer ce que j'aurais dû commencé le moment où je suis arrivé ici. Mais hélas, non, je dois retourner à l'école, je dois respecter les exigences de l'université.

Mais bon, peu importe ça ...

C'est le weekend, enfin et encore. Il a en effet bien commencé. Un bon sommeil, un bon petit-déjeuner, un bon matin sans rien faire, sauf regarder une petite série de comédie dramatique, et ensuite, un bon jogging. Un samedi calme, paisable et assez agréable. Moi, je suis reconnaissant. Des journées comme ça n'arrivent pas souvent, effectivement elle n'arriveront pas souvent, surtout que les vacances aillent terminer bientôt.

J'ai appris tout récemment que j'aime pas quand on me pose la question sur ce que je vais faire le weekend. C'est nul, car j'ai presque toujours rien d'intéressant à dire comme réponse. Je sais que « lire un bon livre » ou « se reposer bien » sont des réponses parfaitement acceptables, mais si c'est seulement tout ce que je dis comme réponse, ça deviendrait terne. Mais, moi, je sors à peine. Si je sors, c'est fort probablement parce que je veux faire un jogging. Je joue à aucun d'autre sport. Je vais pas au pub, parce que je bois pas d'alcool. J'ai pas de voiture, donc je peux pas aller tout simplement partout ......

Pourtant j'aime regarder la télé (ben, les émissions, à l'écran de l'ordi, évidemment, puisque j'ai pas exactement une télévision). Je viens de découvrir cette petite comédie dramatique de 2003, avec Hugh Laurie, Benedict Cumberbatch et Peter Capaldi, à la période où ils n'étaient pas encore de renommée internationale. Hugh Laurie, c'est un si bon acteur. Plus je ne m'attendais pas à ce qu'une comédie basée sur un homme qui fait face à une crise de la quarantaine puisse être tellement amusant. Mais c'est exactement le cas. Comme elle est charmant, comme elle est adorable ... quel dommage qu'elle n'a que six épisodes ...


Tu vois, L? À vrai dire, je suis souvent très ennuyeux. Je fais pas vraiment beaucoup d'activités excitantes comme beaucoup de mes amis. Franchement, j'ai aucun problème avec cette nature, mais tout de même, je pense qu'il est pas nécessaire de la montrer souvent aux gens.

Bref, L, je vais bien. Si le mal du tête disparaissait j'irais mieux, mais quand même, c'est jusqu'ici un bon weekend.

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Thursday, August 3, 2017

N°33 : Une lettre

Ma très chère C,

Le feu qui brûle depuis tant d'années ne s'est pas encore éteint, mais il s'est affaibli. Je ne trouve de plus en plus difficile ni de ressentir la chaleur déroutante d'auparavant, ni de se souvenir bien de la sensation d'être dérouté par cette ardeur. L'intensité est perdue, maintenant ce que j'éprouve, c'est juste une perturbation vague et lointaine, comme si c'était pas moi.

Je ne perd plus le sommeil par la tempête agitée, tumultueuse, orageuse de ma propre solitude, par le désir d'en finir rapidement et en même temps le désir d'éviter toute la réalité et de s'enfuir en compagnie de toutes mes craintes. Tant mieux. C'est incroyable que jamais j'ai vécu ces moments de démence. J'existais, sans savoir si j'ai vraiment existé. L'ardeur a été énormément déroutante et ça fait peur, car je perdais non seulement le sommeil mais aussi le sens de ma réalité.

Par ironie elle est devenue paralysante. J'étais désorienté. Réveillaient en moi, une rage, un chagrin, une douleur, quand je pensais de toi, de ton visage de tes yeux de ton sourire de ta voix de sa douceur de ton nom de ta démarche de chaque de tes mots de chaque syllable de ton énonciation de chaque lettre de tes textes de tes réflexions de tes réflexions sur moi et de chaque moment où t'étais pas là.

Un tourbillon à mille à l'heure dont j'ai pas pu échapper.

Et jusqu'à ce moment je ne sais pas si j'ai réussi à lui échapper. Même si tout s'est calmé, je ne sais pas si j'ai vraiment réussi à lui échapper, comme en témoigne le petit dose de mélancolie viscérale quand j'écoute les morceaux que j'écoutais alors.

Au fond, je ne sais pas vraiment ce que je veux. Pour un homme de science, qui tente toujours de donner de bonnes explications pour chaque phénomène, en suivant un fil de pensées précis, avec du raissonnement clair, cette enquête émotive a l'air énormément plus compliqué.

Oublions tous ces moments qu'on partage. Oublions tous ces bavardages qu'on partage. Les mots coulant si aisément, si facilement, comme si tout ce qui est le plus naturel et le plus certain, comme le cycle de jour et nuit, comme les levers et couchers de soleil, comme l'arc-en-ciel après la pluie. J'aimerais croire que tout ça signifie quelque chose, même si j'en suis pas sûr quoi exactement.

Mais oublions ça.

Personne d'autre ne pourrait être aussi ouverte mais en même temps garde tout ses secrets aussi bien que toi. Est-ce que c'est ça ? Est-ce que c'est la raison pour laquelle je te trouve à la fois tellement fascinante et tellement frustrante ? Je cherche, depuis je sais pas quand exactement, une réponse, où peut-être quelques réponses, pour toutes ces questions ci-dessus, mais sans succès. Ces sortes d'affaire ont à peine jamais une réponse simple et directe. Mais peut-être que j'ai eu tort ? Peut-être que j'ai pas assez d'intélligence de les bien chercher. Peut-être que j'ai pas assez d'intélligence de ne pas les ignorer, les réponses, bien qu'elles soient toujours là sous le nez. Et peut-être que t'es au fond bien plus intélligente que moi, en cachant tout ce qui est vrai sous ces yeux profonds, ces vitres teintées de ton esprit ?

C'est moi qui n'a pas fait attention,
Mon âme étant enlevé par ces yeux profondes,
Par un tourbillon marron,
Écrasé, puis se dissoudre lentement,
Dans de l'eau vive bouillante.

Tu m'as dit, après que je t'avais dite l'important, que j'ai dû savoir ce que tu penses. J'ai fait semblant que je l'ai su. Mais j'ai menti. Au fond j'ai menti, car j'avais aucun courage de dire la vérité, car j'ai toujours aucun courage de dire la vérité, car je suis pas toujours certain si ça me tient suffisament à cœur pour que je dise tout ce que j'aimerais dire, que je te pose toutes les question que j'ai envie de te poser après tout ce temps.

Cette rencontre
Cette salle de bal infinie
Dans laquelle je me suis fait piéger
Toi, tu es la valse élégante de la dernière danse
Moi, je suis la petite note folle et cinglée
Cette rencontre passionnée
Cette rencontre turbulente
Où sont ceux qui peuvent la comprendre ?

C, s'il te plaît, donne-moi, tout simplement, une réponse. Ou devrais-je dire, une explication. J'ai l'impression que tu ne me fais jamais confiance. Pourtant, cette fois, s'il te plaît, fais-moi confiance, crois-moi que j'ai vraiment besoin de cette explication que tu as longtemps caché de moi. Le temps passe si vite, on est déjà dans la vingtaine : j'ai 23 ans, toi 22. J'ai envie de s'échapper.

J'ai tellement envie de le terminer à fond. Sans doute que tu le veux aussi ... mais, est-ce que je peux en être sûr ?


Bons baisers,
Z


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Sunday, July 30, 2017

N°32 : Se débarrasser des trucs, avant que le weekend commence

Chère L, 

Il est encore temps de savourer le fait qu'on est, enfin, le weekend.

Il y avait tant de moments d'impasse pendant cette semaine, surtout aujourd'hui ... plus que d'habitude en tout cas. Il y avait tant de longues attentes pour décider ce que je dois faire maintenant, pour les personnes auxquelles je dois parler afin de mieux prendre ces décisions, pour les réponses d'e-mails qui n'arrivent pas encore à la fin de la journée. Des problèmes sans résolutions à la fin de la journée. Des instants énervants. Quand une journée s'avère improductive, c'est énervant.

J'ai été ... je suis quand même énervé, vexé, fâché que les problèmes arrivent, en m'empêchant d'être productif pendant la journée, pendant la semaine, mais après quelques moments comme ça depuis quelques mois au labo, j'ai commencé à les accepter.

Accepter, ça ne signifie pas ignorer. Non, parce qu'ignorer un problème, ça serait malavisé, erroné et franchement, terriblement stupide. Non, je pense avoir commencé à me rendre compte qu'accepter, c'est de reconnaître non seulement l'existence d'un problème (ben, soyons francs, des problèmes) mais aussi l'existences des moments où les circonstances s'alignent parfaitement qu'on est empêché de rien faire pour tenter de résoudre le problème.

Dans ce cas on est parfois tenté de s'inquiéter. Pourtant il faut vraiment pas s'inquiéter, il faut vraiment pas d'en penser trop, sinon ça me rendra fou. Il s'agit d'un énorme investissement émotionnel pour être fâché et gêné et ennuyé, mais ça ne m'aide presque jamais à rien résoudre. C'est inutile, c'est gaspilleur. Quelle perte de temps et d'énergie. C'est l'action qui résout les problème, c'est important, mais quand on est obligé d'attendre, quand on n'a pas de possibilité d'agir en conséquence, on doit tout simplement attendre, se reposer et NE PAS en penser. Car ça ne vaut pas tout à fait la peine, L, je crois avoir commencé à comprendre. Les solutions arriveront toujours, on sait pas vraiment quand exactement mais elles arriveraient toujours, tant qu'on ne s'en fait pas trop.

La vie est comme ça, un cycle incessant de rencontrer les problème et de les résoudre et ainsi de suite.

Il est dommage qu'on n'enseigne pas à l'école comment faire face aux problèmes dans la vie. Mais, là encore, comment ça va se réaliser bien ? Sans doute que ça serait le sujet le plus difficile et le plus compliqué à effectuer et, en même temps, apprendre.

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J'ai en fait envie de continuer à m'entraîner dans ce cycle incessant. Ça peut peut-être te paraît bizarre, L. Moi, j'suis d'accord. Mais je me suis rendu compte que les cours qu'on suit à l'université, ils sont toujours des environnements assez stables, tout comme au lycée : aller en classe, prendre des notes, étudier, passer des examens. Bien sûr que les devoirs à l'uni sont plus difficiles qu'au lycée, mais tout de même, ils sont des défis plus ou moins sans surprise, contrairement à la réalité.

Le chemin menant au doctorat, à une vie en tant que vrai scientifique, à une vie en tant que vrai adulte, à l'avenir, c'est sans doute plein de problèmes ; c'est sûr, malheuresement - il y a aucun besoin de me le convaincre. C'est la vérité horrible, mais puisque j'ai déjà commencé à connaître les problèmes, les gênes, les difficultés (et tous les autres mots négatifs que j'ai passionnément mentionnés à travers des paragraphes dans cette entrée) de la vie, je préfère ne pas revenir à l'illusion que la vie n'est qu'à propos de l'école.

Et d'ailleurs, j'ai enfin commencé à faire de la vraie science (en quelque sorte), je veux pas l'arrêter.

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En tout cas, c'est le weekend. Alors, je vais terminer là ce discours long et décousu, car, ma foi, ça devient un peu intolérable.

Il est assez réconfortant de savoir que j'ai encore la chance de me détendre.



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Thursday, July 27, 2017

N°31 : Un peu de réflexion sur le temps, l'âge, et des trucs comme ça, et mon petit compagnon, ou N°296

Chère L,

Ça fait assez longtemps que j'écris sur mon frère. 5 ans, pour être précis. Alors, laisse-moi en écrire quelque chose.

Parce qu'il a grandit. Parce qu'il n'est plus un petit garçon. Comme le temps passe si vite. J'imagine, qu'il est plus facile, quand on a grandit, de remarquer que le temps passe remarquablement vite. Cela, c'est le plus cliché de tous les clichés. Mais, s'il y a un cliché sur lequel on peut se mettre d'accord, résolument et sans équivoque, c'est ça. Je crois que normalement et au fond, on vit principalement dans le présent, en faisant face inconsciemment à chaque « maintenant ». Il est jamais vraiment nécessaire de s'arrêter pour penser de la vitesse à laquelle le temps passe. Non, normalement c'est pas nécessaire ; il faut plutôt continuer à vivre, s'occuper de la vie et de ses gênes. C'est seulement quand on décide par caprice de jeter un petit regard en arrière qu'on remarque tout d'un coup combien de temps est passé. De plus, c'est seulement quand on est adulte qu'on a le loisir de faire cette réflexion.

Cela, c'est l'aspect essentiel, incontournable, déroutant et franchement, fascinant d'être humain.

La vie s'est ainsi écoulée. Je suis venu à l'université, je faisais face à la vie, en fait tout le monde faisait face à la vie, le temps s'est écoulé, donc bien sûr que je n'ai remarqué qu'à récemment, lorsque j'ai pris la décision de faire ce petit regard en arrière, cette petite réflexion sur le passé, le fait que mon petit chou n'est plus un petit chou.

Cette année, il a 15 ans ; la dernière fois que j'ai écrit sur lui sur ce blog, il avait juste dix ans. Il n'est plus un petit enfant, il est adolescent, en ayant le même âge que moi quand je venais de démarrer ce blog.

Qu'est-ce qu'on faisait à l'âge de 15 ans ? Pour moi, ça toujours concernait des luttes assez triviales - soyons réalistes, à 15 ans, ces luttes sont souvent plus triviales, quand on les regarde à la vingtaine. Mais oui, c'était toujours au sujet de l'école, des profs, des membres du sexe opposé ... de l'humeur, du soi, du soi contre le reste du monde.

Bref, des problèmes adolescents, sans doute à cause des hormones ... Est-ce qu'on sait vraiment qu'est-ce qui se passe dans les esprits adolescents ? Moi, certainement non. Et plus je m'éloigne de l'adolescence, plus je trouve cet état d'esprit difficile à comprendre. À l'âge de 15 ans, je commencais à écrire sur ce blog, la tristesse, la colère, le chagrin, le mélodrame ... et les opinions, tant d'opinions ... oh là là ... qu'est-ce que je pensais ?

Mais, c'est l'adolescence, pas vrai ? C'est le mystère éternel de l'adolescence. C'est un peu difficile d'imaginer tous ces émotions et ces « luttes » personnelles se déroulant dans la tête de mon petit frère, mais il est impossible qu'ils ne se déroulent pas.

Et non seulement tout ça, il y a aussi les changements plus évidents : qu'il est déjà étudiant au lycée, qu'il est devenu un bon athlète, qu'il apprend la trigonométrie, la photosynthèse, le tableau périodique et cetera et cetera et cetera tous les choses que les petits enfants n'apprendraient jamais, qu'il doit de temps en temps rencontrer des copains et des copines après l'école pour faire des projets du groupe, qu'il sait faire des stratégies - correctement - quand il joue les jeux sur l'ordi, qu'il commence à comprendre des blagues qui sont à « mon niveau », qu'il est devenu en forme grace à l'entraînement physique qu'il fait, qu'il est devenu assez grand, qu'il sera bientôt sans doute plus grand que moi ...

Cette année il a 15 ans, c'est-à-dire, dans 5 ans encore, il aura vingt ans.

J'ai l'impression qu'on aime définir des limites arbitraires à cet âge, plus ou moins, au-delà duquel on traite effectivement de la même façon les gens - ils sont adultes, donc on les traite également. Autrement dit, à un niveau cognitif, mon frère et moi, quand il aura eu 20 ans, nous serons traité comme si nous avons des expériences de vie équivalentes, la différence d'âge de huit ans sera effectivement dénuée de sens.

Mais oui, c'est bizarre d'imaginer mon frère comme un adulte, juste comme moi, quand il aura eu 20 ans et moi, 28. Je sais que ça se produira, bien sûr, pourquoi en serait-il autrement ?

Parce que cette différence d'âge m'a accompagné si longtemps.

Parce qu'il a toujours été mon meilleur compagnon, mon meilleur ami, ce que j'aime plus que tout, ce qui est l'un des plus importants.


Le temps passe si vite. La vie est si courte. Si tu crois pas en vie éternelle, réincarnation, des trucs comme ça, si tu penses, comme je pense, qu'on n'a qu'une seule vie, il faut alors saisir cette occasion exceptionnelle pour chérir ce qu'on aime le plus.

Il me reste moins de 10 mois avant que je termine les études, avant que je puisse rentrer chez moi. Dans l'intervalle, je vais, bien sûr, continuer à l'appeler par l'appel vidéo tous les jours. Puis, quand je rentre enfin, je vais l'embrasser.

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Monday, July 24, 2017

N°30 : Si pas aujourd'hui, alors quand ?

Chère L,

Je dois avouer, encore une fois, que le travail au labo n'est pas excitant.

La Nature, c'est ce qui est excitant. Être dans la nature, écouter la nature, observer les créatures vivantes s'occupent de leurs affaires dans la nature - tout ça, c'est excitant. Il est excitant, parce qu'il suscite la curiosité, le besoin de comprendre, car la Nature, elle est compliquée et ne donne pas de réponses directes pour toutes les observations. La Nature est complexe et excitante, donc bien sûr on a envie de la comprendre plus. La compréhension promet une certaine harmonie avec ce qu'on désire comprendre, c'est probablement pourquoi on trouve la curiosité, ce besoin de savoir, de comprendre, tellement excitante.

Par contre, le travail dans un labo génétique pour la plupart ne se déroule pas dans la Nature. Ainsi il est résolument moins excitant. Non, le travail au labo ne suscite pas autant d'excitation, pour moi en tout cas. Moi, je suis pas assez idiot pour me faire illusion que c'est le cas. Pourtant pourtant pourtant, sans lui, on peut pas comprendre la nature avec plus de certitude et de conviction, d'autant plus que la révolution moléculaire depuis plusieurs décennies a fait de la biologie moléculaire l'une des plus importantes devises avec laquelle on échange des secrets de la Nature, en échappant le domain brumeux de la spéculation pour atteindre un socle plus solide de connaissance. Ben, c'est surtout le cas pour la biologie évolutive au sens de la néontologie.

La recherche des réponses aux énigmes de la Nature, ça suscite beaucoup d'excitation, mais pour atteindre ces réponses il faut souvent se traîner à travers de diverses méthodes par lesquelles on joue avec l'ADN. C'est le travail au labo qui le véhicule qui nous amènera aux résolutions de ces énigmes. Hélas, il s'agit d'un mal nécessaire, qu'on doit accepter afin de rendre justice à l'excitation crue et organique, inspirée tout au début par la Nature.

Eh ben, L, j'ai pas peut-être été assez assidu à la recherche d'un poste d'assistant de terrain, plutôt qu'un assistant de laboratoire. Mais attends, non, j'ai pas vraiment éré assez assidu. Mais j'ai en quelque sorte justifié cette décision en me rappelant que l'occasion pour la recherche sur le terrain, ça reviendra, il faut tout simplement l'attendre un peu, et que les compétences au labo sont aussi importantes. En tout cas, l'été dernier, je m'étais beaucoup amusé avec la recherche sur la terrain - en effet j'suis assez heureux d'avoir bien saisi cette occasion. Du coup, cette année, j'améliore effectivement mon arsenal - voilà, la planification, tu vois ?


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J'ai l'impression que le processus quotidien de se lever tôt et sortir du lit, de m'obliger à préparer deux repas, un pour l'instant et l'autre plus tard, d'aller au labo, de travailler et de renoncer à une indolence complète et totale ... de se traîner de 9h du matin à 5h de l'après-midi, de lundi à vendredi ... j'ai l'impression que tout ça, c'est une bonne chose à faire.

Me voilà, ayant une vingtaine d'années, le diplôme dans moins de plusieurs mois et un CV de vie assez stérile qui ne contient rien de plus exigeant que les examens, beaucoup beaucoup des examens : c'est dans cet esprit qu'un rôle comme un elfe de labo assidu, en apprenant toutes les techniques et tous les procédures de labo utilisés par des chercheurs réels et puis, mettant réellement à exécution ces techniques, les négociant avec prudence, avec attention, avec appréhension et souvent, avec de grandes frustrations et des erreurs inexplicables, pour obtenir des données réelles pour des études réelles impliquant de l'argent réel ... en mai, au début des vacances,  tout ça, tout ce que je viens de te dire, ça me paraît être une bonne chose à faire ; maintenant, après un peu plus de deux mois, ça me paraît être tout à fait la bonne chose à faire.

C'est tout comme de l'air frais, comme une très douce pluie, comme la rosée claire sur un brin d'herbe, qui purifie l'esprit et empêche efficacement la culpabilité de ne pas sortir de ma zone de confort (parce que la société veut toujours qu'on le fasse) de couler librement dans mes veines et de se propager comme un venin qui me paralyse. C'est en effet une sorte de libération de soi.

Et franchement, il est très agréable de savoir qu'il y a des professeurs qui font confiance à moi et à mon potential et m'impliquent dans leurs projets (mais il est souvent un peu difficile de m'en rendre compte ; il faut pas laisser les petites frustrations brouiller l'optimisme).

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On me demande, pourquoi tu viens travailler tous les jours, même si tu gagne pas du tout d'argent ? Chaque fois je répondrais « l'expérience », en espérant qu'on peut comprendre, parce que sinon ça prendrait probablement trop de temps pour expliquer bien ... un peu comme ce que je fais tout à l'heure, tu vois ?

Ouais il est bien sûr dommage que je suis pas payé pour mon travail, mon temps et mon énergie. Mais, je vais pas rentrer bredouille. 


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Wednesday, July 19, 2017

N°29 : La première loi de la recherche d'une résolution

Chère L,

On aime pas les échecs. Pourtant on aime pas plus quand on fait face à des échecs sans aucune solution, ou aucune idée, pour chercher des solutions.

Mais, cette fois, moi, j'avais des idées. C'est bon quand on n'est pas à court d'idées. Et bien sûr, après quelques temps, j'aurais naturellement des idées, des options, pas exactement des solutions assurées, mais quand même j'ai des idées, des idées à effectuer contre les obstacles, bien qu'elles soient des idées provisoires. J'imagine c'est ce qu'on appelle « acquérir de l'expérience ».

J'ai parfois l'impression qu'il est plus facile de continuer tout simplement sans arrêt, surtout quand on a déjà eu quelques idées pour nous avancer contre les obstacles. Essayer, essayer, réessayer, trouver le rythme, prendre de l'élan, jusqu'à la fin : la bonne solution trouvée, la difficulté résolue, l'impasse dépassée. C'est du moins le but ultime. On a souvent aucune idée quand exactement on pourrait apercevoir la fin, mais elle arrive toujours, je sais pas pourquoi mais à la fin, les problèmes se résoudraient toujours.

Donc il est tentant de continuer tout simplement, sans arrêt, jusqu'à la résolution. Car il exige toujours plus d'efforts, si on s'arrête au milieu de cette poursuite de résolution, pour redémarrer une prochaine fois.

La première loi du mouvement de Newton, j'imagine c'est d'une certaine façon la raison pourquoi.
Tout corps persévère dans l'état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moin que quelque force n'agisse sur lui, et ne le contraigne à changer d'état.
La tendance pour un objet dans l'état de repos, c'est-à-dire moi, si je termine cette recherche quotidienne de la résolution et prends la décision de se reposer, est intuitivement de rester au repos. Il faut appliquer une force, c'est-à-dire un effot, à la fois mental et en même temps physique, pour que je me remette en mouvement.

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Pourtant c'est nul, et franchement futile, de rester constamment en mouvement à la recherche d'une résolution pour un travail qui refuse jour après jour, tout obstinément, de marcher.

D'abord il y a toujours des autres choses, soit plaisantes, soit énervantes. qui m'attendent, des choses qui pourraient effectivement exiger autant d'attention et d'effort. On a seulement 24 heures chaque jour ; j'aimerais tout consacrer à la résolution du problème au travail, mais non, c'est nul. Il faut se nourrir, il faut dormir, il faut faire ce qui pourrait me rendre un peu de sourire.

Ensuite, on se fatigue, car on est humain, du moins pour moi c'est le cas. Mon niveau d'énergie n'est pas sans limite, comme mon nombre d'heures dont je dispose chaque jours n'est pas sans limite aussi. Il est plus difficile d'imaginer être fatigué quand on se focalise sur un problème, quand on est déterminé de le résoudre. On pourrait ainsi se donner facilement l'illusion qu'on peut continuer, continuer et continuer mais, au fond, on aurait toujours tort.

La fatigue, c'est la façon de notre corps de nous dire qu'il est l'heure de se reposer. Si on ignore ce message interne on va avoir de graves problèmes. Je sais pas exactement comme cela est vrai, mais l'expérience nous montre encore et encore que si on ignore le repos, la vie deviendra très affreuse.

Même si on se faisait pas l'illusion qu'on n'est pas fatigué, il y a effectivement toujours des autres choses à faire. On est tenté de les résoudre dès que possible, alors on tente de le faire, puis on se fatigue, on doit se reposer, donc on se repose mais les choses restent inachevées, alors on consacre la prochaine fois plus d'effort pour les achever, et puis on se fatigue encore, même si on a achevé quelques tâches, il reste toujours beaucoup d'autre choses, pourtant on se fatigue vraiment, et il faut se reposer encore, donc on se repose ... C'est comme un cercle sans issue. C'est un cercle ridicule, dans lequel on se fait piéger, jour après jour. Parfois on en sort, mais on pourrait retomber dedans aussitôt, inévitablement. Le monde continue, il s'en fout.

Mais il faut vraiment que je me repose, et plus important, il faut que je ne le pense pas trop, sinon je deviens fou. J'en ai assez des éches persistants. J'ai fait de mon mieux et franchement, je regrette rien.


Ce que j'ai tiré du travail, c'est que la vie, au travail, ou bien en général, c'est une blague : il vaut pas la peine de la prendre trop au sérieux. Il vaut mieux de profiter d'un bon sommeil. Ben, c'est exactement ce que je vais faire.

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Friday, July 14, 2017

N°28 : Faisons un château de sable, ou N°714

Chère L,


Les plages ont toujours eu une place spéciale dans mon cœur. Pourtant le problème de cette place spéciale, c'est que la raison pour laquelle les plages pouvent se trouver dedans est très difficile à décrire.

Dans ce cas il est toujour tentant - pour moi, en tout cas - d'être poétique. Je ferme donc les yeux , en s'asseyant tout seul à mon bureau, tout loin de tout plage et de tout océan, et je fouille dans ma mémoire pour les images des visites précédentes aux plages qui me font plaisir.

Alors, allons-y : pourquoi j'aime bien les plages ? La plage, c'est le soleil qui brille, la chaleur qui m'apaise, le vent qui m'embrasse, les vagues qui dansent, le sable mou qui me berce les pieds. La plage, c'est l'arôme de l'air salin de la mer, le bruissement des feuilles de palmier, l'odeur de crème solaire sur la peau, les empreintes éphémères laissées tout près de la frontière entre le sable et l'eau.



C'est bon, ça suffit. Ce sont de jolis morceaux des images, provenant d'un petit tiroir dans la salle de stockage de mémoire, qui construisent parfaitement un portrait d'une belle journée à la plage. C'est bon, et normalement, ça suffit.


Mais non. Il y a quelque chose qui ne va pas. Oui c'est un beau portrait, auquel tout le monde peut sans doute s'identifier. Mais ce n'est pas la raison pour laquelle la plage me touche et me plaît. En effet chaque fois que j'essaie de construire un portrait d'une plage comme ça, le résultat finir toujours par sembler faible, générique et carrément peu convaincant. Ainsi il est dépourvu d'originalité et de convinction. N'importe qui peut simplement déclarer qu'il est attiré par le soleil, le sable, l'air salin, tous ... donc, j'ai l'impression d'être insincère.


Alors, laisse-moi réessayer :

Les plages ont toujours eu une place spéciale dans mon cœur. Évidemment c'est le soleil, l'air marin salé, les murmures doux des vagues et des feuilles de palmier et bien sûr, le sable doré. Mais c'est un peu plus compliqué que ça. Car on les remarquait à peine, lorsqu'on visitait les plages, surtout quand on était petit.


Non, ce qu'on remarquait, c'est le pantalon partiellement mouillé retroussé jusqu'aux genoux. C'est l'agréable sensation de rester tout simplement immobile au bord de la mer tandis que les vagues calmes déplacent lentement le sable sous les pieds. C'est de fouiller dans les déchets qui se sont échoués de l'eau de haute mer sur le sable pour des trésors imprévus. C'est de découvrir un coquillage immaculé, en se demandant vaguement depuis combien de temps il se cache dans le sable, à l'abri des regards et de la lumière. C'est de se retourner et apercevoir l'appareil photo et les sourires de papa et maman, et puis se remettre à la construction d'un grand château de sable, en se concentrant sur la fortification contre la marée montante.



La plage, c'est l'innocence. C'est la sorte d'innocence qui nous permet de laisser le regard errer sur la limite entre le ciel et l'océan, en se demandant qu'est-ce que s'y trouver et, incapable de trouver une réponse pour la question, la laissant à côté et passant à autre chose.

Franchement, quand est-on allé à la plage en se sentant vraiment stressé ?


Le charme de la plage me touche et m'attire toujours, même si j'suis déjà dans la vingtaine. C'est l'endroit où on ne visite qu'en période de manque de stress : l'association a été bien faite.



Parfois la décision de ne pas rentrer pendant de longues vacances peut être difficile. C'est non seulement les amis mais aussi, les choses qu'on pourrait autrement faire, qui me manquent beaucoup.

Un trajet en voiture : quelle simplicité. On est quatre, parfois trois, parfois cinq ou six, mais plus souvent quatre. De longs bavardages - personne ne veut qu'ils s'arrêtent. La voiture, c'est parfaite, car elle donne une espace assez intime mais aussi raisonnablement confortable dans laquelle les bavardages peuvent se dérouler tout naturellement.

Où on va ? Pourquoi pas une plage ? Comment on y parvient ? T'inquiète pas : on a à bord un GPS humain. Dans l'intervalle, on peut savourer les belles scènes romantiques, ouais le soleil, le vent, le sable, le son des vagues et des feuilles palmier ... puis on peut continuer à s'amuser. Pour accompagner le bavardage, peut-être avec un peu de boisson ... la joie de partager la joie.

©Shaun G 2014
Et peut-être un beau château de sable. Pourquoi pas ? Faisons un beau château.


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Thursday, July 13, 2017

N°27 : La pluie qui manque à l'été

Chère L,

Je dois avouer que la pluie me manque. La Californie en plein été manque de la pluie (comme tu le sais déjà). Il faut alors que j'attende le novembre, ou peut-être le décembre, ou même plus tard ... en tout cas, il faut que j'attende la fin de l'année pour la retrouver.

Ne te méprends pas, j'aime bien le soleil. J'aime bien pouvoir sortir courir, sans devoir se soucier de je sais pas quoi, alors que le soleil brille et éclairer le monde, en lui rendant un peu plus convivial.

De plus j'aime bien ne pas devoir faire un choix entre les deux. On me dirait parfois : est-ce que tu préfère le soleil ou la pluie ? J'imagine l'objectif implicite de cette question est de déterminer ma personalité en binaire : ah, voici un mec qui préfère le soleil, ou bien voici un mec qui préfère la pluie. Les gens aiment faire catégoriser les uns les autres comme ça, n'est-ce pas ? Non, je suis déjà adulte, j'ai bien quitté l'adolescence et je m'en fiche de me définir de cette manière simpliste.

J'aime bien toujours le soleil. Ça me remonte toujours le moral. Et ben, j'ai bien quitté l'adolescence, l'afflux d'hormones se sont bien calmés, ainsi j'acceuille bien la chance de me remonter le moral.



La pluie me fascine, comme une personne difficile à comprendre qu'on tente désespérément de comprendre, sans vraiment comprendre pourquoi on a tellement envie de la comprendre.

Le ciel s'assombrit, le vent siffle, les gouttes de pluie crépitent. C'est l'agitation, ou l'espièglerie ? Est-ce qu'on sait vraiment ?

Les gouttes d'eau sur la vitre, à la quelle elles s'accrochent, en brouillant tout, ou bien font la course, en descandant la surface en verre, vers l'inconnu au delà des limites de cette vue carrée, floue, d'un monde gris. D'où venait cette couleur ? Peut-être les nuages sombres, ou peut-être par les parapluies des passants qui s'ouvrent. Est-ce qu'on sait vraiment ?


En regardant ce monde gris, le ciel gris, la terre grise, les nuages gris, les gens gris, on se demande : on est où on est qui on est quoi ? Puis, avant qu'on retrouve une réponse : voici un sifflement d'air frais, un bruissement de feuilles mouillées, un éclaboussement des roues des voitures - le monde devient plus flou, brouillé par un rideau, plus frois et plus épais, de perles tombantes ; c'est la colère, ou bien, par ironie, l'ardeur ?

Quelle nouvelle elle nous apporte ? Quel message qu'elle tente de toute urgence de nous donner ? Est-ce qu'on sait vraiment ?

Et enfin, en se débattant pour comprendre la pluie, on commence à trouver de plus en plus difficile de comprendre son propre état d'esprit, tandis qu'elle tombe inexorablement.

Comme elle est belle, comme elle est compliquée. Séduisante, stimulante, déroutante, dérangeante.


C'est quoi chez la pluie qui m'inspire un tel sentiment de nostalgie ? 

C'est la chance de se baigner dans ma mélancolie, de se vautrer dans un bain de chagrin - l'euphorie de la libération émotionelle, au milieu d'une désolation froide et sombre.

Ou bien, un torrent nourrissant, un déluge qui nettoie l'esprit, en lavant la poussière et la crasse imaginaires qui enrobent chaque coin de mon corps - l'euphorie d'une âme allégée.

Franchement je sais pas exactement pourquoi. J'ai pas envie de faire un choix. Les deux ont l'air magnifique.

On dirait souvent que la pluie, elle agace. Mais non, mouiller les affaires, c'est ce qui agace, surtout les affaires qu'on n'a pas du tout envie de mouiller, surtout surtout les affaires qui doivent pas être mouillés. Il faut tout simplement les ranger, les laisser à côté, puis il faut sortir, avec un parapluie, ou peut-être rien, faire une marche, une course, quelconque, sous la pluie.



La pluie chez moi, aux tropiques chaudes et humides, ça me manque tellement. C'est la libération de la canicule quotidienne qu'elle offre qui la rend beaucoup plus précieuse.

Ou peut-être, ce qui me manque, c'est d'être chez moi.


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Tuesday, July 11, 2017

N°26 : Les ordinateurs - pourquoi tout ce tapage ?

Chère L,

Mon ancien ordinateur portable est blessé. C'est ce que j'ai dit aux amis. Quelle drôle expression à dire. Pourtant, quand on a un ordinateur ou un portable qui s'arrête de fonctionner, on dit souvent qu'il et « mort ». Rien n'a vraiment perdu sa vie, mais la métaphore marche comme ça, tout naturellement. J'imagine ça a quelque chose à voir avec notre société, une société moderne, dont les membres sont toujours trop attachés à la technologie, bien plus qu'aux autres gens, jusqu'à ce qu'ils commencent à personnifier les machines et les appareils. Mais bon ; c'est une métaphore logique et en effet, tout à fait pratique.

Mon portable ne s'est pas arrêté de fonctionner. Quand j'appuie sur le bouton de power, il s'allume et puis, le portable se réveille comme d'habitude. Donc, il est pas mort. Mais un coin cassé et une vis égarée près de la charnière sur laquelle l'écran s'ouvre et se ferme ont néanmoins énormément gêné l'utilisation de mon ordinateur. J'entends les craquements des fissures et je vois les fissures qui font ces craquements. C'est pour cette raison que je dis mon ancien portable est « blessé ».

J'y vois un signe : un signe qu'il faut obtenir un nouveau ordinateur, avant qu'il soit trop tard. L'ancien portable fonctionne toujours, malgré la « blessure ». En fait, si je disposait d'un peu de patience, de précision, d'imagination et surtout, de duct tape, je pourrais probablement le faire réparer, pas vrai ? Mais qu'arrive-t-il si je peux pas ? J'ai dans cet ordinateur trop de fichiers et de documents que j'ai absolument pas envie de perdre. Je ne veux pas du tout risquer cette possibilité.

(Hélas, moi, je suis tout à fait homme de XXIe siècle : j'ai consacré une grande partie de ma raison de vivre aux fichiers digitaux.)

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L'instant où j'entendais le premier craquement, je ressentais un frisson dans le dos, le même que je t'avais déjà dit, lorsque je croyais que je ne peux plus utiliser mon portable et que j'ai perdu d'accès à tous mes fichiers.

Mais par chance c'était pas grave. En fait, je l'ai bien vu venir. C'est un ordinateur très âgé ; je le possède depuis 2009. Il a effectivement 8 ans : c'est pas mal, qu'il a duré si longtemps.

Je dois bien avoeur qu'il est heureusement tout simplement une « blessure » : un problème de matériel plutôt que celui de logiciel. L'écran ne peut plus s'ouvrir ou se fermer rapidement (sauf si j'essaie de le faire réparer), mais je peux allumer l'ordinateur tout de même. Donc, l'étape suivante était claire : sauvegarder tous mes fichiers sur un disque dur externe, puis acheter un nouveau ordinateur, avant que quelque chose de catastrophique se produise. L'un à prix intermédiare devrait me convenir bien. Sauvegarder les fichiers, ça va se dérouler lentement, évidemment, mais ça peut se passer lorsque j'attends le nouveau ordinateur.

Hélas, mon ami fiable et dévoué, c'est un ordinateur très âgé et, tôt ou tard, il faudra le remplacer. J'suis assez reconnaissant du fait qu'il s'agissait seulement un problème physique et pas un problème de logiciel, qui serait sans doute plus gênant. C'est ainsi que cette transition a pu se dérouler avec calme.

8 ans, pendant lesquels il a sué sang et eau (oh là là, je fais une autre personnification, mais bon ...), les signes de viellissement étaient clairs : un ralentissement du système, la durée de vie de la batterie n'est plus aussi longue qu'auparavant, tendance à surchauffer et enfin, un dommage physique. Il a effectivement vécu beaucoup de choses. Il mérite de pouvoir prendre sa retraite avec dignité (ouais j'ai noté la personnification sans arrêt, mais on s'en fou, on s'en fou ...)


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Le nouvel ordinateur a l'air très très agréable. Ça fait déjà deux jours que je l'obtiens. Espérons qu'il peut rester loyal pour longtemps.

(Un ordinateur loyal ? Quelle drôle expression à dire ...)

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Monday, July 10, 2017

N°25 : Une connexion décousue

Chère L,

a,
(Je pense que j'ai déjà établi - plusieurs fois - que je reconnais en effet le fait que le monde adulte peut être sévère et pénible. Je le faisais probablement implicitement, peut-être un peu trop implicitement jusqu'à ce qu'il semble absurdement explicite.)

Quoi qu'on en pense autrement, beaucoup de membres bien établis dans le monde adulte font plus de mal que de bien. Les conseils, les opinions, les rappels amicaux : Vous devez faire cette chose d'ici ce date sinon vous ne pourrez pas l'attendre (oui je sais, mais où commencer ? comment commencer ?). Non, non, faites pas ceci, faites cela, c'est mieux comme ça (ben ok, mais pourquoi ? comment ?). Allez-y, envoyez un email à cette personne, faites-le maintenant, avant qu'il ne soit trop tard (d'accord, mais que dois-je écrire exactement ?). Vous devez bientôt réfléchir à cette chose sérieusement (ouais mais qu'est-ce que vous voulez dire par « réfléchir » ?).

Si je peux me permettre d'utiliser l'analogie d'un bon copain : Nous les débutants sommes vagabonds, flottant dans les courants d'inconnu, vulnérables, sans but et sans défense. Ceux qui sont bien établis, les « membres seniors », se trouvent au bord de l'eau, sur le terrain stable et solide, en nous donnant des conseils et des directions, pour nous guider.

Ils nous aident, ou bien, ils tentent de nous aider, car ils sont à cœur l'intérêt des nouveaux arrivants. Bien sûr qu'ils se préoccupent de nous comme ça, on sait qu'ils s'en préoccupent vraiment. Pourtant ces instances de « faites-moi confiance » inspirent probablement plus de méfiance qu'elles ne méritent, en faisant ces mots guidants beaucoup moins acceuillants, beaucoup plus froids, plus frois que l'eau profonde nous clapote sur la peau. Ainsi il y a une forte tentation rester dans l'eau, flottant et toujours sans but, plus que jamais, en prenant plaisir d'un air coupable à continuer à nier la réalité.

Moi, j'ai autrefois donné des conseils également confus, lorsque j'avais tendence de couper tout simplement certaines scènes de lutte et de confusion auxquelles j'avais fait face et donner seulement ce qui s'était bien passé. Autrement dit, je faisais preuve beaucoup moins de tact avec les situations difficiles des autres. C'est comme si lancer à quelqu'un une carte, en lui disant, « voilà, suis cette route et cette route et cette route et cette route et puis prends à gauche, t'y parviens au fond. »













Pourtant c'est pas si simple comme ça, pas vrai ? Ça serait plus compliqué que donner tout simplement des directions à suivre sur une carte, pas vrai ? Guider les gens, c'est pas aussi simple que leur lancer quelques conseils, pas vrai ?

b.
Je pense que les podcasts sont en fait une bonne alternative aux morceaux de musique pour dissiper le silence sec et stérile pendant le travail monotone au labo. Je parle surtout des podcasts dans lesquels on discute l'histoire des idées. C'est intéressant, c'est vraiment intéressant, il faut que je souligne cette différene, car de nos jours on a abusé du mot « intérerssant », surtout pour les choses qui ne sont pas du tout intéressantes, jusqu'à ce qu'il ait presque complètement perdu son sens. Et en tout cas, c'est intéressant, parce que c'est comme surfer sur Wikipédia, à la forme orale. Surfer sur Wikipédia, ça donne toujours beaucoup de plaisir, le temps qu'on y consacre ne peut pas justifier la faible productivité, sans parler de la sensation de culpabilité d'avoir remis à plus tard ce qu'on doit faire.

Il est joli d'avoir quelque chose de forme orale pour accompagner des travaux ennuyeux qui n'exigent pas trop de RAM cérébral. Il est joli d'avoir des voix humaines pour dissiper le silence stérile d'un labo génétique vidé de ses activités humaines usuelles. S'il s'agissait de l'apprentissage des sujets intéressants que je ne ferrais pas autrement comme priorité d'apprendre, ça vaudrait bien sûr la peine de se mettre des écouteurs en excluant le reste du monde physique. Certes, il est peu probable que les podcasts peuvent me rendre beaucoup mieux informé sur les sujets en discussion, quand même c'est toujours mieux que n'en connaître absolument rien.

c.
J'ai demandé à une copine, à quoi ressemble le GRE ? comment se compare-t-il au SAT ?

Il existe certainement des différences, petites mais évidentes, mais en général, les deux sont pas trop différents. Les trois sections : la lecture, l'écriture et les mathématiques, les trois anciennes amies des bons vieux jours du SAT. Elles seront là pour me saleur, avec les bras ouverts sans doute, et de larges sourires.

Eh oui, elle m'a dit, oui il y aura toujours un compo à écrire. Bien sûr qu'il y en a toujours un qui m'attend.

Il y a quelques années cela aurait été une nouvelle tout fâcheuse. Mais après traverser trois années de travaux universitaires, dont des écritures furieuses, page après page, mot après mot, un compo dans un test normalisé important n'a plus l'air affreux. Maintenant, c'est tout simplement un autre compo, pour un autre cours à l'uni, que je dois finir. Cette réflexion calme m'a agréablement surpris.

J'ai effectivement beaucoup progressé, du moins pour certaines choses dans ma vie. Il est génial de pouvoir regarder en arrière et remarquer comment les petites choses insignifiantes s'accumulent en cours de route et font des effets les plus remarquables au fond.

Les petites choses, L, c'est souvent eux qui nous faire voir plus clairement la valeur du long voyage de vie qui nous attend.


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Friday, July 7, 2017

N°24 : 7/7

Chère L

Plusieurs fois, je disais aux gens d'où je viens. Je viens de la ville de George Town, je leur disais, puis ils me regardaient, avec un air perplexe et incrédule. Soit ils avaient l'impression qu'ils m'avaient mal écouté, soit ils pensaient que je m'étais moqué d'eux. Ouais, je sais, mais franchement, c'est pas anormal pour que les gens, qui ont déjà su d'où je viens, s'attendent un nom un peu plus exotique. De plus, beaucoup ne connaissent pas la colonisation britannique pendant un siècle et demi à travers de l'histoire de mon pays. Alors ils sont confondus. Ça, c'est tout à fait compréhensible, mais tout de même ...

L'éloignement de chez moi a conféré au nom « George Town » une plus haute signification et beauté. L'idée, la notion, de ce nom peut maintenant évoquer une fierté, une affection et surtout, une forte nostalgie (ben ... évidemment) qui n'arriveraient jamais si je n'avais pas choisi la quitter si longtemps pour une autre ville si loin.

Ma ville me manque, naturellement, bien sûr. Parce que c'est le foyer, là, où je trouve abri, un endroit spécial, auquel j'appartiens. Pourtant en tant qu'enfant, on prête pas vraiment attention au mélange des éléments de la belle ville où on vit.

On prête pas vraiment attention à la façon dont les bâtiments de style européen, la mairie, les forts, les églises, tous, hérités de l'époque coloniale, s'intègrent tout naturellement aux « maisons échoppes » traditionnelles, aux temples, aux mosquées, aux vieilles boutiques.

On prête pas vraiment attention au fait que les rues étroites, sales et souvent encombrées peuvent nous amènent en un instant aux belles promenades, ouvertes et en plein soleil, au bord de la mer.

On prête pas vraiment attention au fait que, malgré la modernité recente, avec ses murs fraîchement peints, ses vitres méticuleusement polies et les lumières dorées charmantes qui éclairent sa perfection et son look tout soigné, malgré tout ça, les vieux bâtiments se tiennent toujours debout, solides et assurés, leurs façades, âgées et usées, portent quand même un air de sagesse et de mondanité, en gardant des histoires d'une époque presque perdue et oubliée qu'ils ne partagent qu'avec ceux qui se sont montré véritablement digne.

On prête pas vraiment attention aux sons, aux odeurs, aux goûts, et aux peuples.

Après tout, George Town, c'est pas une ville qui a des monuments remarquables, comme une tour eiffel, qui ressortent et qui font une grande impression dès le premier moment qu'on les remarque. Non, c'est une ville dont le charme réside dans son visage mélangé, un amalgame confus entre les vieux avec les nouveaux, l'orient avec l'occident, à la fois ouvert d'esprit au futur et ardemment conservatoire de son passé. Un sens ne sort qu'au moment où on laisse passer ces conflits, avec une indifférence apparente donnée tous les jours par les habitants, afin qu'on arrive à la somme de toutes ces parties pas trop spectaculaires, puis on peut en tirer enfin une admiration et une affection. Car il y a une histoire sous-jacente derrière tout ce chaos, une logique qui ne s'applique qu'à la vie des habitants. Aucun monument renommé peut contenir l'essentiel de cette logique.

Les immeubles centenaires, les rues sales, les enseigne de magasin qui s'accrochent toujours depuis les années 50 ou même 40, les vendeur de  « street food » qui préservent les anciens goûts et évoquent de la nostalgie, la vie quotidienne multilingue qui se déroule aisément, le soleil et la chaleur d'un été perpétuel qui baignent l'architecture européenne au centre-ville. Voici la logique de George Town, avec laquelle seulement on pourrait comprendre l'histoire de cette belle ville.

Vraiment, en tant qu'enfant on prête pas vraiment attention aux sons, aux odeurs, aux goûts, et aux peuples, car c'est le foyer, là, où on trouve abri, un endroit spécial, auquel on appartient. Donc naturellement on les prend pour acquis, car c'est ce qu'on fait en tant qu'être humain. On les accepte tels quels.

Ce n'est qu'au moment où il faut la quitter pour un certain temps, ou bien plus, sans aucune chance d'un retour facile, qu'on se rend compte comment elle est si précieux.

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La dernière fois que j'y suis rentré, mon amie m'a posé la question : Qu'est-ce que tu veux vraiment faire ?

J'ai hésité, donc elle m'a encore demandé : Qu'est-ce que tu veux vraiment vraiment faire, maintenant que t'es là ?

Je lui ai dit alors, après un peu de réfléxion : Allons au centre-ville, on va prendre un bon repas, puis on fait une jolie promenade. On va passer une bonne journée.

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L, je regrette un peu de ne pas avoir pris au moins quelque photos. En partie, c'est parce que j'ai du mal. J'ai du mal, étant passé 6 mois sans y rentrer, à se rappeler de la raison pour laquelle c'était un tellement jolie après-midi ; certainement c'est grâce au charme de ma ville. J'ai du mal aussi à te décrire George Town en exprimant fidèlement sa vraie essence à ceux qui n'y sont pas allés.

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Thursday, July 6, 2017

N°23 : On est en juillet

Chère L,

On est en juillet. En plein été ... mais, pas exactement. Aujourd'hui il fait beau, venteux et donc un peu frais, mais tout de même, le ciel est clair et le soleil brille. C'est ce qui m'attire d'habiter à la baie de SF. Le climat est souvent très doux très agréable, assez éloigné du four perpétuel des tropiques. Merci, Pacifique et une plus haute latitude.



Ce que je prends toujours comme un indice de la douceur du temps, c'est le fait qu'on peut rester immobile dans un endroit sans climatisation pendant une assez longue période sans transpirer. Chez moi il ne faut que cinq minutes (ou bien deux ? une minute ? je l'ai jamais testé) pour qu'une très fine pellicule d'eau apparaisse sous les vêtements sur tout le corps, quel que soit le mois. Crois-moi la différence est assez remarquable. Je dois dire aussi que c'est assez désagréable, surtout quand je suis passé beaucoup de temps loin de chez moi, en étant bien habitué au bout de plusieurs longs mois aux températures douces et à un taux d'humidité peu élevé. Ma plus grande plainte aux amis quand j'suis rentré après neuf mois d'absence : la transpiration abondante et apparemment sans fin.

J'avoue c'est pas exactement quelque chose de spectaculaire, mais voilà, c'est quand même pertinent pour mon expérience. Il est si simple, presque insignifiant, pourtant je le trouve significatif. C'est la belle ironie de la vie.

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Le mois de juillet ne m'avait pas eu beaucoup d'importance. Rien n'y se passe vraiment, sauf la monotonie de l'école.

Le juillet, c'est toujours au début du nouveau semestre de l'année, les examens ne sont pas encore proches : Les vacances sont terminées, alors ce qui nous reste c'est tout simplement l'école, l'école et l'école ; c'est du moins de cette façon que je m'en souviens : une longue période de monotonie et rien d'autre.

Chez nous l'année scolaire suit l'année civile. Parce qu'on est aux tropiques, là où on n'a pas évidemment les quatres saisons telles qu'on les connaît, il est donc pas logique d'avoir des vacances d'été. Il n'y a pas d'une période de beau temps spécifique dont on peut profiter, car les journées de l'année se ressemblent plus ou moins totalement.

Jour après jour, nuit après nuit ; chaud, humide, moins chaud dans la nuit, ensuite chaude et humide encore, s'il pleut, il est moins chaud mais évidemment, plus humide, après la pluie la température s'élève un peu, mais il est encore très humide.

Ouais, c'est monotone, le cycle sans fini de la chaleur et de l'humidité, et le cycle sans fini d'aller à l'école, rentrer, dormir et recommencer tout ça le lendemain. Cela avait été la vie en juillet pour moi pendant presque vingt ans.

Pourtant ce n'est que récemment que j'ai commencé à aimer le juillet, après avoir entré à l'uni. Il n'ya pas cours en juillet, pas du tout. On est bien adapté aux « rigueurs » des vacances, l'école ne commencera que dans quelque semaines de plus ; on a perdu la maladresse du juin, en ayant trouvé un bon rythme pour qu'on profite bien des vacances.

Et aussi ce n'est que récemment que la chaleur et l'humidité commencent à prendre un sens plus sentimental, alors que je commence à les associer à être chez moi, avec ma famille et les amis proches : un sentiment de bien-être d'une période bien plus innocente que j'ai presque perdue après tant d'années. Si je ressens la chaleur et l'humidité, ça veut dire que je suis chez moi.

En fait, on s'en fiche, franchement. On s'en fiche du malaise d'être chaud et moite. La chaleur et l'humidité, elles me manquent, effectivement.




L, t'as remarqué le pouvoir du conditionnement et de l'association mentale ?


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Sunday, July 2, 2017

N°22 : Une chaîne décousue

Chère L,


Quand les mots et les réfléxions profondes m'ont échapés, il est l'heure de leur échapper, car ce qui me resterait, c'est un bourbier épais, dans lequel je me fais incapable de déplacer nulle part, jusqu'à ce que les sens soient perdus, tout d'un coup, ou peut-être peu à peu, mais si lentement qu'on ne le remarque pas jusqu'à ce moment-ci.

Quand je m'empêtre dans un bourbier de pensée, épuisé à fond par l'effort de se libérer, il faut toujours me forcer à retrouver un petit peu de l'ordre au milieu du désordre. On est humain, alors on affectionne l'ordre, c'est un défaut inévitable d'être humain. Donc il faut un petit plus d'effort, juste un peu d'effort de plus, pour faire la vaisselle, répondre aux emails, faire des courses ... adoucir ainsi la douleur et la fatigue. La récompense va s'avérer être meilleure que la peine de devoir faire l'effort supplémentaire, mais on va à peine nous dire ça.

Quand on est étudiant dans l'école de la vie, il faut toujours savoir quel est le bon moment de se reposer. C'est en soi une leçon importante : on va à peine nous dire de nous arrêter et nous reposer. Il est difficile, il est très très difficile de trouver le bon moment de se reposer. Même si un bon moment a été bien choisi, il est quand même difficile d'en profiter pleinement. Je crois pas que beaucoup d'entre nous n'ont pas encore cette aptitude. L'école de la vie est ainsi comme ça.

Quand on est fatigué, il faut quelque chose de plus. Il s'agit pas seulement d'avouer aux gens « Moi, j'suis fatigué ». C'est bon, mais il y a plus que ça. Le plus grand défi est de non seulement se dégager des folies mais aussi de se convaincre qu'on a vraiment pris du bon repos. La conscience a le droit de le savoir. Hélas, le monde ne gratifie jamais les passifs.

Quand le monde devient trop fou, l'humour devient ainsi non seulement un luxe, mais surtout une necessité. Car la vie, c'est une grosse blague. Alors il faut rigoler, car ce qu'il convient de faire, quand on a une blague. Rigoler, c'est la seule réaction appropriée à une blague. Rigoler, c'est ce qu'on fait, quand on fait face à quelque chose d'inattendu qui est trop compliqué à comprendre, car il est toujours trop difficile de comprendre ; rigoler, c'est donc une échappée. Par ironie, le rire le plus fou peut s'avérer être le comportement le plus sensé.

Quand la solitude devient trop étouffant, c'est parce que un rire seul ne suffit plus. Et pourquoi, soyons réalistes, croyait-on que l'humour partagé avec personne d'autre que le soi va suffire de nous libérer ? Ça marche pas, soyons réalistes, plus souvent que prévu. Ce dont on a besoin, c'est un autre rire sensible, dont l'hauteur, la fréquence, l'intensité et la durée peuvent être plastiques et s'adapter aux changements de son propre état de l'esprit. En fin de compte, on est humain, alors on affectionne la réciprocité, qu'on le veuille ou pas. C'est un défaut inévitable d'être humain.

Quand je suis prêt à attendre, c'est parce que j'affectionne la réciprocité. J'aimerais déclarer que je suis tout à fait prêt à être patient, car c'est meilleur pour l'image. Mais je te mentirais. Le monde ne gratifie jamais les passifs ; ça, c'est la vérité. Mais il y a toujours des millions de façons d'être actif, chacun a la possiblité d'entraîner des millions de différents résultats. Où commencer ? J'ai aucune réponse. C'est tout simplement que la longue période de ne savoir que faire m'a convaincu que j'ai été en fait patient. Donc, laisse-moi reformuler la phrase :

Quand je suis prêt à attendre, c'est parce que j'ai été à court d'idées. Et quand les idées m'ont échappé, il est l'heure de leur échapper, car ce qui me resterait, c'est un bourbier épais, dans lequel je me ferais incapable d'avancer et je risquerais de perdre mes sens.

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Thursday, June 29, 2017

N°21 : Quelle belle réalité

Chère L,

La réalité m'a emmené à une série de PCRs échoués. Ça continue toujours, jusqu'à ce moment-ci. Une autre nouvelle série effectivement. Quand un ensemble de procédure bien établi, qui marche depuis des semaines ou même des mois, s'est arrêté tout soudainement de marcher, on dirait peut-être qu'il y avait une erreur - une erreur humaine, qui s'est produite à cause d'un moment d'insouciance ou de complaisance. Alors, bon, il faut réessayer, en étant particulièrement attentif afin de ne pas refaire des erreurs apparentes.

Mais, attends, un moment, comment ça n'a pas marché tout d'un coup, même si j'ai suivi exactement les mêmes étapes que je suis depuis je sais pas combien de temps (chaque fois elles donnent de bons résultats), même si j'ai déjà fait tellement d'attention. Je sais pas.

Pourtant, soyons patients, réessayons, suivons les instructions très très attentivement et voyons ce qui se passe.

Ça marche pas encore. Pourquoi ? Je sais pas, encore. C'est peut-être la machine qui était la cause. Alors réessayons, en utilisant une autre machine. Mais utilisons moins d'échantillons, de peur de gaspillage, s'il ne marche pas encore. Ça marche enfin, bon ! Cette machine fonctionne bien, alors finissons le reste d'échantillons, en utilisant cette machine particulière, qui s'est sans doute avérée fonctionnelle.

Mais non ... ça marche pas, encore, encore, encore. Pourquoi ? Je sais pas, encore, encore, encore.

J'ai peut-être vraiment fait des erreurs ? Utilisons une autre machine. On verra. Bon, je mis en place un autre PCR : cette fois il marche, sur une machine qui a échoué la veille. Mais pourquoi? J'ai pas vraiment d'explication. J'avais suivi, j'ai suivi exactement les même étapes, pourquoi des fois ça marche, des fois non ?

Ça ne m'aide pas effectivement. J'espérais même un autre échec, afin de pouvoir confirmer, sans aucun doute, c'est vraiment les machines qui sont responsables.

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Désolé. Je vais m'arrêter ici.

Hereusement, le temps ne presse pas. J'ai effectivement aucune date limite à respecter. Alors, heuresement, il y a rien à craindre trop, en fin de compte. Je suppose que quelque chose de bon en est sorti : une conception réelle, exacte et non-romancée du monde du travail.

On dit que le monde du travail est affreux et effrayant. Je suppose qu'il est bon de pouvoir attester très tôt et directement la vérité de cette affirmation pour moi-même. Alors je suppose que je dois être heureux que les choses ne se passent pas bien maintenant ... je suppose ...

Tout compte fait, il est bon qu'une telle chose m'est arrivé, mais je dois pas le trouver aimable.

L, ce qui j'ai appris pendant cette semaine, c'est que la réalité est blagueuse. Une blagueuse tenace infatigable. Donc il faut pas se battre trop contre elle.

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Je vais m'arrêter ici. Franchement, je n'ai plus envie d'en parler. J'ai l'impression que mes entrées récentes ont été inondée par le PCR et les frustrations qu'il a entraînées. Je stagne. Il faut sortir de cette bulle.

L, je vais en sortir un jour, je te promets : en fait, c'est inévitable, d'une façon ou l'autre, je sais pas comment, mais c'est toujours inévitable, j'y suis convaincu. Quand les choses se passent bien à nouveau, ça deviendra évident dans mes mots.

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喜好音乐却无法自行创造音乐,向往自由却将自己限制于机械般的城市生活,喜好出外蹦跳流汗却非杰出的运动员,对文学创作有一丝兴趣却没有一头丰裕的文字,天生感性却拥有略带不自然的理性。这是个普通的少年,一个还有很多事要懂、很多事还需要自己揭发的少年。