Sunday, July 2, 2017

N°22 : Une chaîne décousue

Chère L,


Quand les mots et les réfléxions profondes m'ont échapés, il est l'heure de leur échapper, car ce qui me resterait, c'est un bourbier épais, dans lequel je me fais incapable de déplacer nulle part, jusqu'à ce que les sens soient perdus, tout d'un coup, ou peut-être peu à peu, mais si lentement qu'on ne le remarque pas jusqu'à ce moment-ci.

Quand je m'empêtre dans un bourbier de pensée, épuisé à fond par l'effort de se libérer, il faut toujours me forcer à retrouver un petit peu de l'ordre au milieu du désordre. On est humain, alors on affectionne l'ordre, c'est un défaut inévitable d'être humain. Donc il faut un petit plus d'effort, juste un peu d'effort de plus, pour faire la vaisselle, répondre aux emails, faire des courses ... adoucir ainsi la douleur et la fatigue. La récompense va s'avérer être meilleure que la peine de devoir faire l'effort supplémentaire, mais on va à peine nous dire ça.

Quand on est étudiant dans l'école de la vie, il faut toujours savoir quel est le bon moment de se reposer. C'est en soi une leçon importante : on va à peine nous dire de nous arrêter et nous reposer. Il est difficile, il est très très difficile de trouver le bon moment de se reposer. Même si un bon moment a été bien choisi, il est quand même difficile d'en profiter pleinement. Je crois pas que beaucoup d'entre nous n'ont pas encore cette aptitude. L'école de la vie est ainsi comme ça.

Quand on est fatigué, il faut quelque chose de plus. Il s'agit pas seulement d'avouer aux gens « Moi, j'suis fatigué ». C'est bon, mais il y a plus que ça. Le plus grand défi est de non seulement se dégager des folies mais aussi de se convaincre qu'on a vraiment pris du bon repos. La conscience a le droit de le savoir. Hélas, le monde ne gratifie jamais les passifs.

Quand le monde devient trop fou, l'humour devient ainsi non seulement un luxe, mais surtout une necessité. Car la vie, c'est une grosse blague. Alors il faut rigoler, car ce qu'il convient de faire, quand on a une blague. Rigoler, c'est la seule réaction appropriée à une blague. Rigoler, c'est ce qu'on fait, quand on fait face à quelque chose d'inattendu qui est trop compliqué à comprendre, car il est toujours trop difficile de comprendre ; rigoler, c'est donc une échappée. Par ironie, le rire le plus fou peut s'avérer être le comportement le plus sensé.

Quand la solitude devient trop étouffant, c'est parce que un rire seul ne suffit plus. Et pourquoi, soyons réalistes, croyait-on que l'humour partagé avec personne d'autre que le soi va suffire de nous libérer ? Ça marche pas, soyons réalistes, plus souvent que prévu. Ce dont on a besoin, c'est un autre rire sensible, dont l'hauteur, la fréquence, l'intensité et la durée peuvent être plastiques et s'adapter aux changements de son propre état de l'esprit. En fin de compte, on est humain, alors on affectionne la réciprocité, qu'on le veuille ou pas. C'est un défaut inévitable d'être humain.

Quand je suis prêt à attendre, c'est parce que j'affectionne la réciprocité. J'aimerais déclarer que je suis tout à fait prêt à être patient, car c'est meilleur pour l'image. Mais je te mentirais. Le monde ne gratifie jamais les passifs ; ça, c'est la vérité. Mais il y a toujours des millions de façons d'être actif, chacun a la possiblité d'entraîner des millions de différents résultats. Où commencer ? J'ai aucune réponse. C'est tout simplement que la longue période de ne savoir que faire m'a convaincu que j'ai été en fait patient. Donc, laisse-moi reformuler la phrase :

Quand je suis prêt à attendre, c'est parce que j'ai été à court d'idées. Et quand les idées m'ont échappé, il est l'heure de leur échapper, car ce qui me resterait, c'est un bourbier épais, dans lequel je me ferais incapable d'avancer et je risquerais de perdre mes sens.

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L'auteur

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喜好音乐却无法自行创造音乐,向往自由却将自己限制于机械般的城市生活,喜好出外蹦跳流汗却非杰出的运动员,对文学创作有一丝兴趣却没有一头丰裕的文字,天生感性却拥有略带不自然的理性。这是个普通的少年,一个还有很多事要懂、很多事还需要自己揭发的少年。