Je dois avouer, encore une fois, que le travail au labo n'est pas excitant.
La Nature, c'est ce qui est excitant. Être dans la nature, écouter la nature, observer les créatures vivantes s'occupent de leurs affaires dans la nature - tout ça, c'est excitant. Il est excitant, parce qu'il suscite la curiosité, le besoin de comprendre, car la Nature, elle est compliquée et ne donne pas de réponses directes pour toutes les observations. La Nature est complexe et excitante, donc bien sûr on a envie de la comprendre plus. La compréhension promet une certaine harmonie avec ce qu'on désire comprendre, c'est probablement pourquoi on trouve la curiosité, ce besoin de savoir, de comprendre, tellement excitante.
Par contre, le travail dans un labo génétique pour la plupart ne se déroule pas dans la Nature. Ainsi il est résolument moins excitant. Non, le travail au labo ne suscite pas autant d'excitation, pour moi en tout cas. Moi, je suis pas assez idiot pour me faire illusion que c'est le cas. Pourtant pourtant pourtant, sans lui, on peut pas comprendre la nature avec plus de certitude et de conviction, d'autant plus que la révolution moléculaire depuis plusieurs décennies a fait de la biologie moléculaire l'une des plus importantes devises avec laquelle on échange des secrets de la Nature, en échappant le domain brumeux de la spéculation pour atteindre un socle plus solide de connaissance. Ben, c'est surtout le cas pour la biologie évolutive au sens de la néontologie.
La recherche des réponses aux énigmes de la Nature, ça suscite beaucoup d'excitation, mais pour atteindre ces réponses il faut souvent se traîner à travers de diverses méthodes par lesquelles on joue avec l'ADN. C'est le travail au labo qui le véhicule qui nous amènera aux résolutions de ces énigmes. Hélas, il s'agit d'un mal nécessaire, qu'on doit accepter afin de rendre justice à l'excitation crue et organique, inspirée tout au début par la Nature.
Eh ben, L, j'ai pas peut-être été assez assidu à la recherche d'un poste d'assistant de terrain, plutôt qu'un assistant de laboratoire. Mais attends, non, j'ai pas vraiment éré assez assidu. Mais j'ai en quelque sorte justifié cette décision en me rappelant que l'occasion pour la recherche sur le terrain, ça reviendra, il faut tout simplement l'attendre un peu, et que les compétences au labo sont aussi importantes. En tout cas, l'été dernier, je m'étais beaucoup amusé avec la recherche sur la terrain - en effet j'suis assez heureux d'avoir bien saisi cette occasion. Du coup, cette année, j'améliore effectivement mon arsenal - voilà, la planification, tu vois ?
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J'ai l'impression que le processus quotidien de se lever tôt et sortir du lit, de m'obliger à préparer deux repas, un pour l'instant et l'autre plus tard, d'aller au labo, de travailler et de renoncer à une indolence complète et totale ... de se traîner de 9h du matin à 5h de l'après-midi, de lundi à vendredi ... j'ai l'impression que tout ça, c'est une bonne chose à faire.
Me voilà, ayant une vingtaine d'années, le diplôme dans moins de plusieurs mois et un CV de vie assez stérile qui ne contient rien de plus exigeant que les examens, beaucoup beaucoup des examens : c'est dans cet esprit qu'un rôle comme un elfe de labo assidu, en apprenant toutes les techniques et tous les procédures de labo utilisés par des chercheurs réels et puis, mettant réellement à exécution ces techniques, les négociant avec prudence, avec attention, avec appréhension et souvent, avec de grandes frustrations et des erreurs inexplicables, pour obtenir des données réelles pour des études réelles impliquant de l'argent réel ... en mai, au début des vacances, tout ça, tout ce que je viens de te dire, ça me paraît être une bonne chose à faire ; maintenant, après un peu plus de deux mois, ça me paraît être tout à fait la bonne chose à faire.
C'est tout comme de l'air frais, comme une très douce pluie, comme la rosée claire sur un brin d'herbe, qui purifie l'esprit et empêche efficacement la culpabilité de ne pas sortir de ma zone de confort (parce que la société veut toujours qu'on le fasse) de couler librement dans mes veines et de se propager comme un venin qui me paralyse. C'est en effet une sorte de libération de soi.
Et franchement, il est très agréable de savoir qu'il y a des professeurs qui font confiance à moi et à mon potential et m'impliquent dans leurs projets (mais il est souvent un peu difficile de m'en rendre compte ; il faut pas laisser les petites frustrations brouiller l'optimisme).
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On me demande, pourquoi tu viens travailler tous les jours, même si tu gagne pas du tout d'argent ? Chaque fois je répondrais « l'expérience », en espérant qu'on peut comprendre, parce que sinon ça prendrait probablement trop de temps pour expliquer bien ... un peu comme ce que je fais tout à l'heure, tu vois ?
Ouais il est bien sûr dommage que je suis pas payé pour mon travail, mon temps et mon énergie. Mais, je vais pas rentrer bredouille.


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