Plusieurs fois, je disais aux gens d'où je viens. Je viens de la ville de George Town, je leur disais, puis ils me regardaient, avec un air perplexe et incrédule. Soit ils avaient l'impression qu'ils m'avaient mal écouté, soit ils pensaient que je m'étais moqué d'eux. Ouais, je sais, mais franchement, c'est pas anormal pour que les gens, qui ont déjà su d'où je viens, s'attendent un nom un peu plus exotique. De plus, beaucoup ne connaissent pas la colonisation britannique pendant un siècle et demi à travers de l'histoire de mon pays. Alors ils sont confondus. Ça, c'est tout à fait compréhensible, mais tout de même ...
L'éloignement de chez moi a conféré au nom « George Town » une plus haute signification et beauté. L'idée, la notion, de ce nom peut maintenant évoquer une fierté, une affection et surtout, une forte nostalgie (ben ... évidemment) qui n'arriveraient jamais si je n'avais pas choisi la quitter si longtemps pour une autre ville si loin.
Ma ville me manque, naturellement, bien sûr. Parce que c'est le foyer, là, où je trouve abri, un endroit spécial, auquel j'appartiens. Pourtant en tant qu'enfant, on prête pas vraiment attention au mélange des éléments de la belle ville où on vit.
On prête pas vraiment attention à la façon dont les bâtiments de style européen, la mairie, les forts, les églises, tous, hérités de l'époque coloniale, s'intègrent tout naturellement aux « maisons échoppes » traditionnelles, aux temples, aux mosquées, aux vieilles boutiques.
On prête pas vraiment attention au fait que les rues étroites, sales et souvent encombrées peuvent nous amènent en un instant aux belles promenades, ouvertes et en plein soleil, au bord de la mer.
On prête pas vraiment attention au fait que, malgré la modernité recente, avec ses murs fraîchement peints, ses vitres méticuleusement polies et les lumières dorées charmantes qui éclairent sa perfection et son look tout soigné, malgré tout ça, les vieux bâtiments se tiennent toujours debout, solides et assurés, leurs façades, âgées et usées, portent quand même un air de sagesse et de mondanité, en gardant des histoires d'une époque presque perdue et oubliée qu'ils ne partagent qu'avec ceux qui se sont montré véritablement digne.
On prête pas vraiment attention aux sons, aux odeurs, aux goûts, et aux peuples.
Après tout, George Town, c'est pas une ville qui a des monuments remarquables, comme une tour eiffel, qui ressortent et qui font une grande impression dès le premier moment qu'on les remarque. Non, c'est une ville dont le charme réside dans son visage mélangé, un amalgame confus entre les vieux avec les nouveaux, l'orient avec l'occident, à la fois ouvert d'esprit au futur et ardemment conservatoire de son passé. Un sens ne sort qu'au moment où on laisse passer ces conflits, avec une indifférence apparente donnée tous les jours par les habitants, afin qu'on arrive à la somme de toutes ces parties pas trop spectaculaires, puis on peut en tirer enfin une admiration et une affection. Car il y a une histoire sous-jacente derrière tout ce chaos, une logique qui ne s'applique qu'à la vie des habitants. Aucun monument renommé peut contenir l'essentiel de cette logique.
Les immeubles centenaires, les rues sales, les enseigne de magasin qui s'accrochent toujours depuis les années 50 ou même 40, les vendeur de « street food » qui préservent les anciens goûts et évoquent de la nostalgie, la vie quotidienne multilingue qui se déroule aisément, le soleil et la chaleur d'un été perpétuel qui baignent l'architecture européenne au centre-ville. Voici la logique de George Town, avec laquelle seulement on pourrait comprendre l'histoire de cette belle ville.
Vraiment, en tant qu'enfant on prête pas vraiment attention aux sons, aux odeurs, aux goûts, et aux peuples, car c'est le foyer, là, où on trouve abri, un endroit spécial, auquel on appartient. Donc naturellement on les prend pour acquis, car c'est ce qu'on fait en tant qu'être humain. On les accepte tels quels.
Ce n'est qu'au moment où il faut la quitter pour un certain temps, ou bien plus, sans aucune chance d'un retour facile, qu'on se rend compte comment elle est si précieux.
***************************************************************
La dernière fois que j'y suis rentré, mon amie m'a posé la question : Qu'est-ce que tu veux vraiment faire ?
J'ai hésité, donc elle m'a encore demandé : Qu'est-ce que tu veux vraiment vraiment faire, maintenant que t'es là ?
Je lui ai dit alors, après un peu de réfléxion : Allons au centre-ville, on va prendre un bon repas, puis on fait une jolie promenade. On va passer une bonne journée.
***************************************************************
L, je regrette un peu de ne pas avoir pris au moins quelque photos. En partie, c'est parce que j'ai du mal. J'ai du mal, étant passé 6 mois sans y rentrer, à se rappeler de la raison pour laquelle c'était un tellement jolie après-midi ; certainement c'est grâce au charme de ma ville. J'ai du mal aussi à te décrire George Town en exprimant fidèlement sa vraie essence à ceux qui n'y sont pas allés.
![]() |
| diveprice.com |
Copyright©zheng-dixseptmai.blogspot.com 2017


No comments:
Post a Comment