Sunday, June 11, 2017

N°14 : Réflexion avant l'aube

Chère L,

NUTNARIN KHETWONG/ISTOCKPHOTO
Pourquoi on affectionne le café ? Évidemment on est de jeunes adultes, des universitaires, au début de la vingtaine, qui souffrent jour après jour de la stress à cause d'une charge de travail importante, à l'école ou bien au lieu de travail, qui doivent souvent rester debout tard en essayant de finir les travaux, et puis doivent rester éveillés pour affronter une autre journée et toutes ses épreuves habituelles ... et ben, on sait déjà la réponse.

Alors, une meilleure question : pourquoi j'affectionne le café ? Il ne s'agit jamais, pour moi, de s'énergiser. Ouais, je te mens pas. D'abord, je crois pas en caféine pour obtenir l'énergie. Un horaire de sommeil régulier donne de bien meilleurs résultats. Et de plus, s'énergiser avec la caféine, ça marche jamais pour moi, pour une raison quelconque.

Je dis toujorus aux autres : Moi, j'aime bien le goût. Et ça, c'est apparemment une réponse tout raisonnable, alors on l'accepte volontiers, et puis on passe à autre chose.Pourtant c'est pas vrai exactement, certainement pas pour quelqu'un qui triche, en prenant régulièrement du café instantané.

Mon premier café, il y a je sais pas combien de temps, je m'en rappelle bien : maman m'a dit un jour, tu veux un café ? Je me souviens pas de la raison. Sans hésitation je lui ai répondu à elle, ouais, pourquoi pas ? J'avais onze, douze ans ? Je me souviens d'avoir été indifférent à cette première tasse, mais en fait j'ai pas détesté le goût. Mon deuxième café, c'était un café pris trop tard, du coups j'avais tellement du mal à s'endormir ce soir-là. Sil te plaît tiens en compte du fait que j'étais encore petit, et que j'ai effectivement commis une erreur très stupide.  Mais comme je l'ai mentionné, j'ai pas détesté le goût, donc je continuais à prendre le café, en veillant à ne pas le faire trop tard. Un habitude s'est bientôt établi. Un café le matin, ou l'après-midi, il est devenu quelque chose de normal ; même quelque chose de « cool », ce qui me donne effectivement un goût d'être adulte. Ça m'est arrivé tout simplement, et je l'ai maintenu depuis.

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Il y avait un moment où j'avais l'habitude de se lever très très tôt, à 4 ou 5 h du matin.

Alors qu'il faisait encore sombre, pas du tout différent du sombre de minuit, je commençais mon jour, avec une série d'actes machinals que j'en venais à faire sans en être conscient : chercher à tatons le portable, faire taire la sonnerie du réveil, se lever en gardant toujours les yeux fermés, se déplacer vers le bord du lit, placer les pieds sur le sol frais en marble, chercher à tatons encore une fois, mais pour la porte de la chambre. C'est une existence tout comme un chauve-souris : on se débarrasse de la dépendance sur la vision ; les yeux étaient bien ouverts, mais rien devant eux ne pouvait stimuler le cortex visuel. Ainsi, on se déplace dans l'espace bien comme avec un sixième sens mystérieux que personne ne peut jamais expliqué de manière satisfaisante. J'ouvrais la porte : le monde à l'extérieur restait toujours sombre ; alors il fallait que je cherche l'interrupteur d'éclairage dans le salon avec ce sens mystérieux, puis je l'allumais, pour permettre la lumière inonder le salon. Tout à coup, le monde s'éclarer ; je me transformais d'un chauve-souris en humain, un adolescent aux yeux chassieux.

Je me suis assis tout seul, dans mon fauteil vert favoris, dans le salon, dans le silence. La réflexion que j'ai aperçue à l'écran noir de la télé, me donnait un long regard fixe, comme si railler la solitude est sortie du néant. C'était peut-être l'effet du matin, de se lever avant l'aube.

Les papilles refroidies par la nuit désirait tout soudainement le goût de café. Mais on n'avait que du café instantané, embaillé sous-vide. Je savais bien où le trouver, car je l'avais cherché matin de la veille, et du jour avant ça, et du jour avant ça, et cetera et cetera.

Faut pas en trop boire ... de peur de devenir accro au café. Mais, on s'en fiche, je vais respecter le désir des papilles.

J'ai sorti un petit sachet, je l'ai déchiré, et j'y ai ajouté de l'eau chaude. Aussitôt, un café matinal s'est fait, en dégageant les vapeurs éthérées ainsi qu'une odeur familière. En tenant la tasse, en ressentant la temperature élevée sur les mains, j'ai eu l'impression d'avoir enfin trouvé à mon côté un autre être vivant pour m'accmpagner lors de ce moment de solitude ; je me suis donc calmé un peu.

Le café matinal, il est bien devenu un habitude. Sa présence tous les matins, fumant et acceuillant, me donnait une sorte de stabilité, de confort.

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J'ai pas tout de suite bu le café, lorsque je suis retourner m'asseoir, en le laissant sur la table. Il était encore trop chaud, j'avais peur de brûler la bouche ? C'est ainsi que je suis passé les minutes suivantes sans rien faire, en dévisageant ma petite tasse de café. Un moment de maladresse, tout comme une première rencontre avec un inconnu, sans savoir quoi dire. Alors je me suis resté en silence, en attendant que la chaleur réchauffe l'atmosphère gêlée par cette gêne d'une première rencontre.

Après quelques minutes j'ai enfin pris une petit gorgée. C'est encore un peu chaud, et ça m'a fait du mal. Je t'ai déjà dit pas trop vite ! ... Donc, arrête-toi un peu ... bon, vas-y, prends-en une autre. Quelle bonne sensation : c'était la joie de touchantes retrouvailles, après une telle séparation ; une détente ineffable ... Mais non, c'était la même sensation qu'hier, et qu'avant-hier, et que le jour avant ça.

Après une longue nuit, ce dont j'ai envie, c'est l'étreinte d'une boisson chaude, afin de réchauffer les entrailles paralysés par le froid et un sommeil isolé. La chaleur, c'est le besoin primitif d'un être à sang chaud. Du coups, j'acceuille un café, quel que soit le type, tant qu'il est chaud. Et le design élégant sur l'emballage pour promouvoir le produit dedans, pour inciter - et oserais-je dire : manipuler - les gens à l'acheter, à quoi ça sert, en fin de compte ?

J'ai fait une petite pause, en prenant une gorgée de plus. Non, ça sert vraiment à rien. Le charme véhiculé par le bel emballage était bien diminué par la rapidité auxquelles le café a été préparé.

Et là, assis sur le joli fouteil vert, j'étais troublé par cette confusion, tandis que le café se refroidissait. Quant aux sentiments affectifs ? Après une longue enfance, est-ce que ce dont on a envie, c'est une étreinte d'une tasse de sentiment ? Un sentiment affectif, fumant et acceuillant, c'est un besoin primitif d'un adolescent à sang chaud, sans doute dopé par les substances mystérieux qu'on l'appelle les hormones.

La belle odeur du café s'est dispersée, et la chaleur a perdu ses forces. Je me suis ressenti de la légère douleur sur la langue.

Je fronçais instinctivement les sourcils. Je me suis demandé , en regardant dans la tasse : c'est quoi que je prends ? Une question stupide ... du café, évidemment. Mais pourquoi ? Pourquoi je désirais tellement le café, en recherchant sa compagnie, chaque matin à 4 h avant l'aube, pour noyer la peine de solitude ?

J'avais pas de réponse acceptable.

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On dit qu'il faut goûter le café lentement, doucement, avec attention, en petite quantité, afin d'être prêt à accepter l'amertume au début, et puis la pénétrer, jusqu'à une arôme moelleuse à un niveau bien plus approfondi. Il faut de la patience, pour l'apprécier à sa juste valeur.

Il s'avère que j'ai jamais eu ni la patience ni le savoir pour cela. Et voilà le problème. En soumettant le café à la transformation, d'une machine et de l'on sait pas quoi d'autre, son essence a déjà bien disparu.

Ce qui nous reste, le goût, l'odeur, la chaleur, qu'ils soient authentiques ou non, ce sont seulement une façade après tout, qui égare ceux qui manquent de l'intélligence de ne pas se faire emprisonnés dans une vanité illusoire. Moi, je me suis contenté d'un café instantané, car malheureusement c'était exactement ce qui m'a attiré en premier lieu.

Le café s'est refroidit encore plus. Vas-y, prends quelques gorgées, laisse le parfum doux libre. laisse-le se répandre dans les nez et dans la bouche.

J'avoue y prendre plaisir en secret : une jolie petite tasse chaleureuse de bouleversement émotionnel - instantané, rapide, facile, et trop sucré, dans lequel je pourrais me vautrer, dans l'intimité du salon aux petites heures sur le joli fauteuil vert. Je me suis effectivement laissé entraîner par la frénésie, en étant ébloui par une superficialité profonde de quelque chose que j'ai pas bien comprise, ou pier encore, que j'ai tout à fait mal comprise. Je m'y suis plongé volontiers, plutôt que de faire face à ce qui est plus profond, plus incertain, plus mystérieux, mais, au fond, plus réel.

Et donc, pourquoi j'en ai eu tellement désir ? Pourquoi je l'ai tellement exigé, tous les jours, jusqu'à ce que je me suis rendu fou ? Sous l'influence de la caféine, ce monologue, et ses enquêtes innocentes, se sont transformés en interrogatoire sarcastique.

Je me suis senti comme si avoir reçu une gifle.

Il s'agit pas simplement d'appaiser le besoin primitif, quand on parle de la vie affective. Il s'agit jamais seulement de l'envie, car c'est ce qui nous rend aveugles, qui nous fait abandonner la raison, qui nous fait nous cacher sous une prétention artificiellement sucrée. Souvent on perd ses sens, et on brûle la langue, aussi les lèvres, quand on boit trop vite, sans réfléchir bien. 

Mais bien sûr, c'était plus facile de masquer l'ineptie affective derrière cette façade. 

J'ai déposé la tasse. La chaleur s'est déjà dissipée, ainsi que son effet anesthésique. Je n'ai plus pu m'en mettre à la température élevée déguiser l'état d'esprit froid. 

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L, pourquoi j'affectionne le café ? J'ai pas vraiment de bonne réponse. 


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L'auteur

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喜好音乐却无法自行创造音乐,向往自由却将自己限制于机械般的城市生活,喜好出外蹦跳流汗却非杰出的运动员,对文学创作有一丝兴趣却没有一头丰裕的文字,天生感性却拥有略带不自然的理性。这是个普通的少年,一个还有很多事要懂、很多事还需要自己揭发的少年。