Tuesday, June 13, 2017

N°15 : Tout se passe toujours bien, ou N°280

Chère L,

Au début des vacances d'été j'ai pris une décision de me donner quatre jours de repos, pour absolument ne rien faire. C'est juste comme au bon vieux temps, à l'époque de l'école primaire (eh ben, ça fait vraiment bien longtemps ... c'est déjà plus d'une décenne !).

Comme je t'avais dit, au départ de l'année, je me disais, grace à une grande absence de bon sens, que je pouvais gérer bien un semestre avec 5 cours et 22 heures-crédits. « Je peux y arriver ! » je me suis dit, et puis cinq mois plus tard je suis sorti, effectivement fatigué et ébouriffé, de cette longue traverse pénible et laborieuse. Je ne peux pas m'empêcher de rire en y pensant. Je ris de mon idiotie, mais je ris aussi parce que je peux enfin s'éloigner (temporairement) des folies et me mettre à me détendre bien. Effectivement, je suis passé quatre jours à absolument ne rien faire. En fait, le repos s'est déroulé trop pleinement, rien ne s'est passé du tout, et maintenant je me souviens absolument pas de ce que je faisait pendant ces 4 jours.

Ensuite la décision est prise assez facilement et naturellement : il faut pas être indolent ; il faut de faire preuve d'un peu de discipline dans le travail au labo et au musée.

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En fait il y a rien du mal à l'indolence et la paresse pendant les vacances, avec modération, d'une manière responsable. Il faut être gentil envers soi-même. Si on a besoin de repos, soyons un peu indolent, c'est pas un crime.

Toutefois ça devient un problème lorsque les vacances s'approchent de la fin. Il est dur de devoir lâcher cette indolence à ne se soucier de rien, après l'avoir tenue si longtemps. Il est dur de devoir essuyer cette déception. Ça m'ennuie, cette déception de perdre une sorte de liberté. Ça n'entraîne pas vraiment de grand chagrin, mais quand même, ça m'ennuie. C'est juste comme les instances quand j'étais de retour à la patrie, pour voir la famille. Chaque fois que je devais repartir aux EU, je ressentais le même ennui ; c'était pas comme la souffrance de la première séparation, mais il me restait toujours un peu de tristesse, aussi un peu de regret : on regrettait, c'est toujours ce qu'on fait ; on regrettait tout ce qu'on avait envie de faire, mais qu'on n'avait pas fait, et qu'on a aucune idée il faut attendre combien de temps avant de pouvoir le faire.

Ce regret persistant, ça m'ennuie. Moi, j'ai déjà beaucoup grandit, pour ainsi dire. Plus je grandis, plus je songe aux jours calmes, aux jours où on a moins de soucis. Plus je grandis, plus je prends la peine de trouver des moyens d'empêcher les ennuis. Franchement, c'est pas encore bien accompli : après tout, j'suis toujours dans la vingtaine. Mais du moins, j'suis déjà dans la vingtaine, je sais enfin que le regret qui suivrait, si on ne faisait pas quelque chose, pourrait être beaucoup plus violent que l'aise de ne pas le faire.

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Alors j'ai décidé de ne pas être indolent ou, devrais-je dire, de ne pas être indolent tous les jours. Ça, je l'ai déjà fait, être indolent tous les jours. C'est pas juste des mots en l'air ; les vacances précédentes j'ai bien démontré qu'il est tout à fait possible d'être indolent jour après jour. La télé, le portable et l'internet : la Sainte Trinité pour ne faire rien de sérieux - une indolence complète, une paresse totale et, en rétrospective, un gaspillage de temps regrettable.

Alors, j'ai décidé de ne pas être indolent tous les jours : du lundi au vendredi, du matin à l'après-midi, à laboratoire du Musée de la Zoologie des Vertébrés, faire un petit peu de PCR, de l'extraction de l'ADN, de l'analyse des microsatellites. Alors que les machines sont en marche, je descends pour chercher des amis à la zone de conservation (je veux dire la conservation des spécimens) et bavarder un peu avec eux (à la zone de conservation, on sait jamais ce qu'on va entendre ; pour l'instant, on est tout d'accord que la conversation sur le luxembourgeois est l'une des meilleures) ; après 20, 30 minutes, je remonte pour contrôler l'état du procédé ; si ça a marché : un soupir de soulagement, un sourire de contentement et, parfois, une petite acclamation .

Après tout ça, je rentre : les 4 - 5 heures qui me restent, elles se servent à me tient indolent.

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Ça fait presque un mois que je commence ce mode de vie. J'avoue il est un peu machinal, mais au fond il est toujours assez gratifiant.

De plus, le temps semble s'écouler pas aussi vite qu'avant.

Une illusion ? Ouais c'est possible. Pourtant, est-ce que quelqu'un comprend vraiment le temps ? Depuis les temps les plus reculés, jusqu'à présent, le temps a rendu combien de personnes à la fois curieuses et confondues, à la fois méloncoliques et joyeuses ?

D'ailleurs, malgré l'illusion, je préfère croire que le temps s'écoule plus lentement plutôt que le poursuivre en plein tenance - car on l'atteint jamais. Au fond, la poursuite va aboutir à l'échec, et il nous restera à s'arrêter pour reprendre notre souffle. Une sensation désagréable en effet.

Ça fait déjà presque un mois. L'expérience a rendu peut-être les travaux plus fluide, les petites acclamations de « yes ! » est ainsi devenues un peu plus fréquentes.

Chaque jour, une petite portion de sentiment d'accomplissement : Sur la fenêtre du logiciel d'analyse, les grands pics qui signifient la réussite du procédé. Sur le tableur, les espaces vides se remplissent des valeurs d'allèles, de belles données ... Et sur le visage, un sourire satisfait ...

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Hélas ...

Le monde des adultes est toujours comme ça ; l'humeur est toujours dictée par les chiffres.






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L'auteur

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喜好音乐却无法自行创造音乐,向往自由却将自己限制于机械般的城市生活,喜好出外蹦跳流汗却非杰出的运动员,对文学创作有一丝兴趣却没有一头丰裕的文字,天生感性却拥有略带不自然的理性。这是个普通的少年,一个还有很多事要懂、很多事还需要自己揭发的少年。